Le souvenir de Taieb Mehiri ne peut être que présent parmi les Tunisiens en ce mois de juin. Mort le 29 juin 1965, il avait organisé avec brio le retour triomphal du leader Habib Bourguiba, le 1er juin 1955. Bourguiba dira de lui qu’il était « le modèle de l’intelligence, du dévouement et de la fidélité ».
Certains s’en souviennent peut-être. Le 29 juin 1965, il y a 61, ans disparaissait une des plus grandes figures de la lutte de libération nationale et des bâtisseurs de l’Etat tunisien de l’après indépendance. Un des compagnons de route du leader et premier président de la République, Habib Bourguiba. Un homme dont ce dernier a fait un de ses prochains compagnons de lutte (on le voit deuxième après la gauche avec Bourguiba, Ahmed Ben Salah et Abdallah Farhat, et de gauche à droite de notre photo). Et qui avait dit un jour de lui qu’il était « le modèle de l’intelligence, du dévouement et de la fidélité ».
Vous avez sans doute compris qu’il s’agit de Taieb Mehiri, décédé à la fleur de l’âge – il n’avait que 41 ans – après une vie consacrée à la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Autant dire qu’il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.
Il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.
Le militantisme ne cessera du reste de l’accompagner tout le long de sa vie, y compris dans son séjour pour des études de droit en France, et le mènera à assumer nombre de responsabilités au sein du parti du Destour. Dont celle de directeur, de secrétaire général adjoint et de membre du Bureau politique.
Prison et arrestations
Et comme d’autres militants nationalistes, il a connu les arrestations et la prison pour ses activités politiques. Ainsi a-t-il été incarcéré à Zaarour (camp d’internement dans le gouvernorat de Bizerte), à Tataouine et à Remada. Ou encore à La Kasbah, à Tunis. Sans qu’il soit le moins du monde affecté. On dit de Taieb Mehiri qu’il avait cette devise popularisée, d’ailleurs, par Victor Hugo dans sa pièce Hernani en 1830 : « Vers les sommets par des chemins étroits ». En fait, rien ne pouvait l’arrêter du moment qu’il savait défendre une cause juste.
Il fut le premier ministre de l’Intérieur de la Tunisie indépendante, fonction dont il a assumé jusqu’à son décès. Participant aux efforts accomplis en vue d’asseoir une organisation efficace de l’administration à l’échelle nationale et régionale de ce département et à la formation des cadres du ministère de l’Intérieur.
Un véritable sens de l’organisation

Taieb Mehiri a été le principal organisateur de ce retour triomphal. Doté d’un véritable sens de l’organisation, il se charge de toute la logistique du retour du leader et du parcours effectué par le président Bourguiba du port de La Goulette jusqu’au Palais beylical de Carthage (l’actuel siège de la Beit El Hekma).
Il avait, à ce titre, négocié avec les autorités coloniales, qui étaient encore en charge de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule venue accueillir le Combattant suprême. Une mission de sécurisation qu’il avait assumée avec des militants sincères comme Mahjoub Ben Ali ou encore Azzour Errebaï et Béchir Bellagha.
Il avait négocié avec les autorités coloniales, qui étaient en charge encore de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule.
A un moment critique
L’homme avait d’ailleurs une réelle autorité parmi les militants destouriens en raison des missions sécuritaires réussies et qu’il n’avait cessé d’assurer. Beaucoup retiennent, à ce niveau, son rôle dans la lutte armée déclenchée en 1952.
Il était connu pour avoir notamment soutenu les fellaghas dans les combats qu’ils avaient menés contre l’armée et la gendarmerie dans les montagnes et les villages de l’intérieur. Transmettant les ordres du parti destourien, organisant des rencontres secrètes et veillant à la fourniture des armes et des munitions. Ce qui lui a valu d’être arrêté, en mai 1952, et déporté ; avant d’être libéré, en septembre 1952. Pour continuer encore la lutte et arrêté de nouveau après l’assassinat du leader syndical Farhat Hached, au cours de la même année, et libéré en 1954. Et diriger le parti destourien par intérim, à un moment critique où les autorités coloniales entendaient en finir avec la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Un moment que Bourguiba a appelé « le dernier quart d’heure ».
