Alors que la demande énergétique continue de progresser sur le continent, plusieurs pays africains misent massivement sur le développement de leurs capacités de raffinage. Et ce, afin de réduire leur dépendance aux importations de carburants et renforcer leur sécurité énergétique. Des analyses, relayées par la plateforme spécialisée Energy lundi 18 mai, démontrent que cinq pays dominent aujourd’hui cette transformation stratégique : le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Ouganda et, dans une moindre mesure, certains acteurs émergents d’Afrique de l’Est.
Le Nigeria apparaît comme le principal moteur de cette mutation. La gigantesque raffinerie de Dangote, entrée progressivement en service depuis janvier 2024 près de Lagos, affiche une capacité de 650 mille barils par jour. Ce qui en fait la plus grande raffinerie d’Afrique. Le complexe, développé par l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, ambitionne non seulement de couvrir les besoins locaux, mais aussi de transformer le pays en exportateur régional majeur de produits raffinés. Des discussions ont déjà été engagées avec plusieurs producteurs africains, notamment le Sénégal, la Libye et la Guinée équatoriale, pour sécuriser l’approvisionnement en brut.
Toujours au Nigeria, les autorités poursuivent la réhabilitation des raffineries historiques de Port Harcourt et Warri. La première vise une capacité totale d’environ 210 mille barils par jour après modernisation. Tandis que la seconde, remise en exploitation fin 2024 après une décennie d’arrêt, fonctionne actuellement à près de 60% de sa capacité de 125 mille barils quotidiens.
L’Afrique du Sud cherche également à retrouver une place centrale dans le raffinage continental grâce à la raffinerie Sapref. Après son rachat par le Fonds central de l’énergie en 2024, Pretoria a annoncé un vaste programme de réhabilitation destiné à porter les capacités du site jusqu’à 600 mille barils par jour. Avant sa fermeture en 2022, l’installation représentait déjà environ 35 % des capacités nationales de raffinage.
En Angola, deux projets structurants concentrent les ambitions du pays : Lobito et Cabinda. La raffinerie de Lobito, développée par la compagnie nationale Sonangol, devrait atteindre 200 mille barils par jour. Et elle pourrait tripler les capacités de raffinage angolaises…
L’Ouganda s’impose enfin comme un nouvel acteur du raffinage régional. Kampala développe une raffinerie de 60 mille barils par jour évaluée à près de 4 milliards de dollars. Le projet, porté par la compagnie nationale UNOC en partenariat avec Alpha MBM Investments basée à Dubaï, accompagnera l’exploitation prochaine des champs pétroliers de Kingfisher et Tilenga.
D’après les prévisions citées par la plateforme Energy, les capacités africaines de raffinage pourraient croître de 33 % d’ici 2030 pour atteindre environ 2,4 millions de barils par jour. La consommation pétrolière du continent, elle, devrait dépasser 5,3 millions de barils quotidiens à l’horizon 2040; contre environ 4,1 millions aujourd’hui. Cette dynamique nourrit une véritable compétition industrielle entre les grandes économies africaines désireuses de contrôler davantage la chaîne énergétique et de réduire leur vulnérabilité face aux marchés internationaux.