Il y a quelque chose de tragiquement surréaliste, mais aussi d’indécent dans ce qui est appelé « les négociations de paix » qui se déroulent dans la capitale américaine entre Israël et le Liban, représenté par son ambassadrice à Washington, Simone Karam.
Les Etats-Unis on fini par imposer au président libanais Joseph Aoun des négociations directes avec l’ennemi israélien dans le cadre d’un cessez-le-feu unilatéral, c’est-à-dire respecté seulement du côté du Liban. Comme le veut Benyamin Netanyahu qui a exigé et obtenu que les négociations soient « directes et sous le feu. »
Rappelons qu’un cessez-le-feu a été conclu entre les deux pays le 17 avril et que depuis, Israël a fait près de 3000 victimes parmi les civils libanais, détruit des centaines de maisons et d’immeubles, expulsé de leurs villages des milliers de familles. Et malgré tout cela, le gouvernement libanais s’est plié aux pressions américaines d’entamer des négociations « sous le feu ».
On reste pantois face à la légèreté avec laquelle le gouvernement libanais a pris la décision de se priver aussi facilement d’une carte maitresse qui lui aurait permis d’exiger un cessez-le-feu total et absolu avant de s’assoir avec l’ennemi Israélien.
Mais la soumission du gouvernement libanais aux exigences israélo-américaines prend une dimension ridicule en souscrivant à l’indécente plaisanterie du département d’Etat américain de prolonger « le cessez-le-feu » de 45 jours !
Juste quelques heures après l’annonce de la prolongation du dit cessez-le-feu, les troupes israéliennes ont tué au moins 18 Libanais et en ont blessé 124 autres. Israël a même bombardé le même jour un hôpital qui a coûté la vie à plusieurs secouristes et fait plusieurs victimes parmi le personnel médical.
Non seulement cela, mais le même jour de la prolongation du cessez-le-feu, Israël a ordonné de nouvelles évacuations de villages du sud-Liban et a annoncé son intention de poursuivre son avancée vers le nord de la rivière Litani.
L’ONU, comme si elle veut nous rappeler qu’elle existe encore, a publié une déclaration dans laquelle elle « salue la prolongation du cessez-le-feu et appelle toutes les parties à le respecter. »
Et le Hezbollah dans tout cela ? Il est en train de batailler sur deux fronts. Sur le front de la résistance d’abord. Malgré l’énorme disproportion des forces, il est en train de faire subir à l’agresseur israélien des pertes substantielles en hommes et en matériel. Des dizaines de soldats et d’officiers ont succombé et des centaines de tanks, transports de troupes et bulldozers détruits.
Sur le plan politique, il n’arrête pas de dénoncer les négociations directes avec l’ennemi israélien et la soumission aveugle à la puissance qui l’a soutenu et qui le soutient encore dans toutes ses guerres et toutes ses agressions contre le peuple libanais. Sa conviction, qui est aussi celle de la plupart des observateurs et des analystes, est que l’objectif de ces négociations est de provoquer une deuxième guerre civile au Liban qui aiderait Israël à accomplir son objectif ultime : détruire l’unité du Liban et annexer toutes ses terres au sud du Litani. Cet objectif n’est pas un secret. Plusieurs responsables extrémistes israéliens l’ont dit et redit.
Cela dit, le sort du Liban et des visées d’Israël qui menacent son intégrité en tant que pays souverain, ne dépendent en fait ni de l’un ni de l’autre; mais bien de l’issue de la guerre d’agression américano-sioniste contre l’Iran. Si elle se conclut en faveur de l’Iran, le Liban est sauvé. Dans le cas contraire, non seulement le sort du Liban, mais toute la région et même le monde entier entreront dans un gigantesque tourbillon géopolitique dont nul ne peut prévoir ni l’ampleur ni les conséquences.