Face aux difficultés d’accès aux financements classiques, plusieurs pays africains se tournent désormais vers les sukuk, des instruments financiers conformes à la loi islamique. Inspirés d’un modèle développé en Malaisie dans les années 1980, ces emprunts connaissent une progression notable sur le continent, notamment auprès des investisseurs du Golfe, selon plusieurs médias.
C’est le cas du Bénin qui a récemment réussi une première émission de 500 millions de dollars, tandis que l’Algérie a lancé une opération estimée à près de 2 milliards d’euros, écrit le site Ecofin. Quant au Sénégal, pionnier en la matière en Afrique subsaharienne, il prépare une nouvelle émission après plusieurs opérations précédentes.
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Au passage, il est bien de rappeler que, contrairement aux obligations classiques, les sukuk ne reposent pas sur le versement d’intérêts, interdits par la finance islamique au nom du principe du “riba“. Leur fonctionnement repose sur des actifs tangibles générant des revenus. « Les investisseurs ne prêtent donc pas de l’argent contre intérêt, mais deviennent indirectement copropriétaires d’un actif ou d’un projet productif ».
Et Ghassen Bouslama, professeur en finance à Neoma, d’expliquer en substance que « la rémunération dépend des performances de l’actif sous-jacent. Au Sénégal, certains sukuk avaient ainsi été adossés aux revenus de l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor de Dakar », rapporte Ecofin. S’y ajoutent entre autres Djibouti, Eswatini, Ethiopie, Kenya, Egypte, Nigeria, Ouganda…
En tout cas, nombre d’experts sont d’accord pour souligner que ces mécanismes sont particulièrement adaptés au financement des infrastructures, secteur où les besoins africains restent considérables. Ils permettent également aux États de diversifier leurs sources de financement et d’attirer les liquidités des fonds islamiques du Golfe. Mais la question reste à savoir si les gouvernements africains sauront les utiliser à bon escient.
L’essor des sukuk intervient dans un contexte de tension financière pour plusieurs économies africaines, confrontées qu’elles sont à une dette croissante et à un accès plus difficile aux marchés internationaux. De façon globale, le marché mondial des sukuk dépasse désormais les 1 000 milliards de dollars d’encours.