Circuits de distribution agricole : un système fragmenté, des intermédiaires en dérive, une refonte législative et infrastructurelle en marche. Tel est le diagnostic posé par Mohamed Hédi Inoubli, Président de l’Unité de gestion par objectifs pour la mise à niveau des circuits de distribution des produits agricoles et de la pêche, lors de son intervention à la 10ème édition du Tunisia Economic Forum, le 12 mai 2026. Selon lui, la multiplication des intermédiaires engendre des surcoûts injustifiés, la sortie des opérateurs de leur périmètre réglementaire favorise les pratiques spéculatives, et le cadre juridique obsolète ne permet plus un contrôle efficace. Pour y remédier, il préconise une application rigoureuse du décret n° 47 de 2022 (déclaration obligatoire des activités, numérisation de la traçabilité, régulation du stockage, sanctions renforcées), une refonte de la cartographie nationale des marchés, le déploiement de la facturation électronique généralisée, et des projets pilotes intégrés à Béja et Sidi Bouzid.
La distribution des produits agricoles et de la pêche, selon l’intervenant, souffre d’une complexité chronique, avec une grande variabilité de la production, de la qualité et de la disponibilité d’une année à l’autre. Parmi les causes structurelles des difficultés, il pointe l’insuffisance du financement agricole, qui prive les producteurs de la capacité de valoriser leur production, d’atteindre les volumes requis et d’assurer l’acheminement vers les circuits de distribution.
Une chaîne fragmentée aux dérives multiples
Le constat qu’il dresse est sévère. On observe un glissement généralisé des opérateurs hors de leurs rôles réglementaires, brouillant la lisibilité du marché. À cela s’ajoutent des pratiques monopolistiques et spéculatives, des difficultés croissantes de contrôle commercial, et un cadre juridique obsolète.
Face à ces dysfonctionnements, l’intervenant présente le décret n° 47 de 2022 comme un instrument de régulation ambitieux. En effet, il impose la déclaration obligatoire des activités pour assainir les circuits et lutter contre l’économie informelle. Le décret en question numérise la filière via des systèmes d’information agréés pour garantir la traçabilité et permettre à l’administration de connaître les stocks en temps réel. Il régule le stockage pour distinguer le stockage régulateur du stockage spéculatif. Il renforce enfin les sanctions et les pouvoirs de contrôle.
Des projets pilotes et une cartographie nationale à repenser
M. Inoubli évoque un projet intégré à Béja (marché de gros légumes, fruits et volaille) dont une étude est en cours. Il souligne que la Tunisie possède sept fois plus de marchés que l’Algérie ou le Maroc, une prolifération non justifiée qui impose une rationalisation. Une nouvelle cartographie nationale est à l’étude pour supprimer ou fusionner les marchés non viables. Il met en garde contre les chevauchements de compétences entre ministères, écueil des expériences passées.
En matière de numérisation, il met en avant le système de facturation électronique de la SOTUMAG, déployé dans treize marchés municipaux, avec l’objectif de l’étendre à tous les marchés d’intérêt national. Enfin, le projet pilote de Sidi Bouzid a testé une plateforme numérique intégrée dont les enseignements alimenteront les déploiements futurs.