Face à la situation de crise énergétique à laquelle est confrontée la Tunisie, leconomistemaghebin.com a pris le pouls des économistes et autres spécialistes du secteur de l’énergie pour recueillir leurs analyses et avis quant à des solutions pour notre pays.
Pour le cas présent, Ezzedine Khalfallah, consultant international en énergie et ancien PDG de l’ETAP, analyse la situation et propose quelques pistes concrètes. Alors que le budget 2026 a été bâti sur un prix du baril à 63,3 dollars, le brut dépasse désormais les 115 dollars. Un écart qui fragilise dangereusement les finances publiques tunisiennes, s’inquiète-t-il.
Il poursuit son propos en soulignant que la Tunisie est un pays structurellement vulnérable. En effet, « la Tunisie, importatrice nette d’énergie, subit de plein fouet la flambée des cours ». M. Khalfallah note encore que trois indicateurs se dégradent simultanément : la facture énergétique; le déficit énergétique commercial; et le montant des subventions. « Chaque hausse au-delà du seuil budgétaire contraint l’État à reporter ou supprimer d’autres projets », rappelle le consultant.
Une feuille de route en quatre temps
Face à cette crise, l’expert structure sa réponse selon quatre horizons. À très court terme, il préconise des campagnes de sensibilisation à la sobriété énergétique. Mais il insiste : la sensibilisation ne suffit pas. « Des décisions courageuses s’imposent, comme l’ajustement progressif des tarifs de l’énergie et un meilleur ciblage des subventions vers les ménages les plus vulnérables », préconise-t-il.
À court terme, il appelle à prioriser l’accélération des projets d’énergies renouvelables déjà lancés. Au-delà de 100 dollars le baril, chaque kilowattheure renouvelable produit permet à la STEG de réduire ses importations de gaz. Il appelle aussi à élargir l’autoproduction pour les industriels et à renforcer les interconnexions électriques régionales.
À moyen terme, M. Khalfallah plaide pour un déploiement massif des renouvelables avec stockage, la digitalisation du réseau via les Smart Grids et une réforme en profondeur du système de subventions. Il juge également nécessaire de relancer l’exploration d’hydrocarbures, y compris non conventionnels (pétrole et gaz de schiste).
Lire aussi — Signature de contrats de réalisation de la première phase du projet « SMART GRID »
À l’horizon 2050, il vise 80 % de renouvelables dans le mix électrique, une électrification généralisée des usages – notamment dans le transport – et le développement de technologies bas carbone pour les industries les plus émettrices.
Sa conclusion est sans ambiguïté : « La transition énergétique n’est plus un choix. C’est une obligation nationale ».