Réalisé par Rachel Szor et Yuval Abraham, le film donne la parole à 24 soldats israéliens sur les dommages collatéraux à Gaza. Il sera projeté en salles les 12 et 13 octobre, puis diffusé en ligne.
Le documentaire « Naza » sort exceptionnellement en salles dans 50 pays, dont la France, les 12 et 13 octobre. Il sera ensuite diffusé en ligne et pourra être visionné gratuitement en novembre sur le site du Guardian. Signé Rachel Szor et Yuval Abraham, le film dénonce les crimes commis contre les civils à Gaza par l’armée israélienne. Son titre désigne les « dommages collatéraux » dans le jargon militaire israélien. Présenté à la Mostra de Venise en septembre, il y a reçu un Prix spécial du jury, après 25 minutes d’applaudissements d’un public debout.
D’une durée de 80 minutes, « Naza » repose sur les témoignages de 24 militaires issus d’unités d’élite. Filmés de nuit sur des toits de Tel-Aviv, le visage dissimulé, ils décrivent les méthodes employées par les forces armées israéliennes à Gaza pour repérer les cibles et évaluer les risques de dégâts collatéraux. Les deux réalisateurs affirment vouloir briser le mur du silence, alors que plus de 73 000 Palestiniens ont été tués depuis les attaques du 7 octobre 2023.
Pour Yuval Abraham, interrogé par le quotidien britannique, cette diffusion mondiale relève d’un impératif moral : « Bien sûr, nous voulons que le monde entier voie ce film. Mais ceux qui ont le plus besoin de le voir, ce sont les Israéliens, les Américains qui financent tout cela, les Allemands, tant d’Européens qui contribuent aux rapports de force permettant que cela continue, que les tueries à Gaza continuent. Donald Trump parle d’envoyer encore plus d’armes à Israël, sans conditions. Nous avons le devoir, surtout comme citoyens du pays qui fait cela, de tout faire pour aider ceux qui s’efforcent d’y mettre fin. »
En Israël, le film a suscité des réactions hostiles des autorités. Le gouvernement entend déchoir les deux réalisateurs de leur nationalité israélienne pour « trahison ». Benyamin Netanyahu a comparé la production du film à des « dizaines de missiles » tirés sur Israël. L’armée, de son côté, dément les accusations formulées dans le documentaire. À ce jour, aucune salle israélienne n’a accepté de le programmer. Sur les réseaux sociaux, une campagne de désinformation s’appuie par ailleurs sur un faux documentaire « Naza », créant la confusion.