L’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont annoncé, jeudi 1er octobre, le renforcement de leur coopération autour du South H2 Corridor, projet destiné à acheminer 4 millions de tonnes d’hydrogène vert algérien par an vers l’Europe.
Le projet de South H2 Corridor franchit une nouvelle étape. Les ministres de l’Énergie de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Italie, de l’Autriche et de l’Allemagne ont signé, jeudi à Alger, une déclaration ministérielle destinée à renforcer la coopération et à accélérer le développement de ce futur corridor d’hydrogène vert entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
La déclaration prévoit entre autres la création d’un « secrétariat chargé de l’appui technique au projet », avec l’accompagnement de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Les cinq pays réaffirment également le caractère stratégique du corridor pour l’intégration énergétique euro-méditerranéenne et le développement des échanges entre les deux rives de la Méditerranée.
Le South H2 Corridor doit permettre d’acheminer jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an depuis l’Algérie vers l’Italie, l’Autriche puis l’Allemagne; volume à même de représenter environ 10 % de la demande européenne attendue en hydrogène vert à l’horizon 2040.
Le projet prévoit un tracé d’environ 3 000 kilomètres à travers la Tunisie et la Méditerranée. L’infrastructure doit notamment contribuer à diversifier les approvisionnements énergétiques européens et à renforcer les échanges énergétiques entre l’Europe et l’Afrique du Nord.
L’un des principaux intérêts du projet réside dans la possibilité d’utiliser, après adaptation et modernisation, une partie des infrastructures existantes de transport du gaz naturel.
Cette approche pourrait permettre de réduire certains coûts et délais liés à la construction d’un réseau entièrement nouveau. Le projet doit toutefois encore franchir plusieurs étapes techniques, réglementaires et financières avant sa réalisation complète. Le réseau envisagé relierait ainsi les installations de production algériennes au réseau européen en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche jusqu’à l’Allemagne.
Les données disponibles indiquent cependant que les coûts définitifs des différentes sections algérienne et tunisienne restent confidentiels et que les modalités précises de réutilisation des infrastructures doivent encore être déterminées…
La Tunisie au cœur du dispositif
Pour la Tunisie, le projet présente une dimension stratégique particulière puisqu’elle constitue un pays de transit essentiel entre l’Algérie et l’Europe. La participation tunisienne au dispositif a été confirmée lors de la réunion ministérielle d’Alger Au-delà du transit énergétique, le corridor pourrait favoriser le développement d’activités industrielles et logistiques liées à l’hydrogène et renforcer la coopération énergétique entre les deux pays du Maghreb.
Pour l’Algérie, le projet constitue une tentative de prolonger son rôle traditionnel de fournisseur énergétique de l’Europe vers les nouvelles filières bas carbone. Le pays dispose d’un potentiel solaire important et cherche à développer une capacité de production d’hydrogène renouvelable destinée à la consommation intérieure et à l’exportation. Le gouvernement algérien a également engagé des coopérations industrielles autour des électrolyseurs et des technologies nécessaires à la production d’hydrogène.
Pour l’Europe, le corridor s’inscrit dans la diversification géographique de ses approvisionnements en hydrogène et dans le développement d’une infrastructure reliant directement les capacités renouvelables d’Afrique du Nord aux grands marchés industriels européens.
La signature de la Déclaration d’Alger ne constitue toutefois pas encore le démarrage du lancement commercial de l’infrastructure. Elle marque tout au plus une nouvelle étape politique et technique dans la préparation d’un projet dont la réalisation dépendra encore des études de faisabilité, des investissements et des décisions réglementaires.
Le South H2 Corridor apparaît ainsi comme l’un des projets structurants de la future coopération énergétique euro-méditerranéenne, avec un enjeu dépassant la seule production d’hydrogène : celui de la création d’un nouvel axe énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe.