(corriger mais ne pas publier)
Provoqué par une explosion de la demande estivale sur un réseau vétuste et sous tension, le délestage est présenté comme l’ultima ratio pour éviter un blackout total. Sauf qu’en voulant parer au grand noir, cette mesure ne fait qu’éteindre à petit feu la compétitivité et la croissance économique du pays. En économie, l’électricité la plus onéreuse n’est pas celle que l’on paie, mais celle dont on est privé : chaque kilowattheure « économisé » par le réseau fait perdre à l’économie réelle trois à cinq fois sa valeur. Les dégâts collatéraux de cette sobriété subie sont aussi multiples que profonds :
▶Le risque inflationniste : dans les secteurs de la distribution et de l’agroalimentaire, la rupture de la chaîne du froid provoque des pertes de stocks massives. La combinaison de cette contraction de l’offre et du surcoût de la réfrigération de secours ne peut qu’alourdir généreusement le ticket de caisse du consommateur.
▶La surcapitalisation improductive : face à l’incertitude de l’approvisionnement public, les entreprises sont contraintes de s’équiper en systèmes de stockage et en groupes électrogènes polluants. Cette allocation inefficiente du capital détourne des ressources stratégiques, qui, au lieu de financer l’innovation ou le recrutement, sont englouties dans des investissements d’assurance totalement improductifs.
▶La perte d’attractivité et la fuite d’IDE : la qualité des infrastructures de réseaux constitue un critère arbitral majeur pour les capitaux étrangers. En imposant une prime de risque opérationnel sur le territoire, ces coupures récurrentes érodent la compétitivité du pays face à ses voisins. Pour une Tunisie qui se rêve en hub de référence pour le numérique et les services, l’instabilité du réseau peut vite se transformer en rupture de contrat et en lourdes pénalités financières.
▶La paralysie des facteurs de production : faute de visibilité sur l’approvisionnement énergétique, les dirigeants des entreprises appliquent la politique du wait and see et mettent leurs investissements en pause. Les ménages, de leur côté, adaptent leur quotidien dans une anxiété chronique : capital et travail tournent au ralenti, étouffant le potentiel d’une croissance déjà en berne.
Le délestage agit ainsi comme une taxe implicite. La mauvaise gouvernance du secteur prive le réseau de modernisation et fait payer au pays l’électricité non distribuée au prix du piétinement économique.
Par Lamia Jaidane Mazigh
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