La Suisse risque de fragiliser sa position de grande place financière mondiale si elle impose une réglementation excessive à ses banques, avertit Giorgio Pradelli, futur président de l’Association suisse des banquiers, dans un entretien au Financial Times publié le 30 août. Son avertissement intervient alors que le Parlement examine un durcissement des règles bancaires, notamment autour des exigences de fonds propres d’UBS.
La Suisse s’apprête à engager l’une des réformes les plus importantes de son secteur bancaire depuis la crise financière mondiale de 2008. Mais alors que les autorités cherchent à renforcer la stabilité du système après la chute de Credit Suisse en 2023, le secteur bancaire redoute que le remède ne finisse par affaiblir la compétitivité de la place financière.
Giorgio Pradelli, directeur général d’EFG International et futur président de l’Association suisse des banquiers, qui prendra ses fonctions en septembre, appelle ainsi à la prudence. La position de la Suisse comme centre financier international ne peut être considérée comme acquise et dépend notamment de la qualité de son cadre réglementaire.
Le dossier UBS au cœur de la controverse
Le débat porte notamment sur les nouvelles exigences de fonds propres envisagées pour UBS, née du rachat de Credit Suisse en 2023. Le gouvernement suisse souhaite renforcer les protections financières des banques systémiques afin de réduire le risque que l’État soit de nouveau contraint d’intervenir en cas de crise. Le projet initial prévoyait notamment qu’UBS détienne environ 20 milliards de dollars supplémentaires de fonds propres CET1.
Pour les autorités, l’objectif est clair : tirer les leçons de la crise de Credit Suisse et s’assurer qu’une éventuelle future défaillance puisse être absorbée sans mettre à contribution les finances publiques. Mais pour le secteur bancaire, des exigences trop lourdes pourraient augmenter le coût du capital et réduire la capacité des établissements suisses à rivaliser avec leurs concurrents internationaux.
Pradelli estime que la Suisse doit également tenir compte de l’évolution de ses principaux concurrents. Les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent actuellement à simplifier certains dispositifs réglementaires afin de renforcer la compétitivité de leurs centres financiers. Une Suisse qui ferait le choix inverse pourrait, selon lui, prendre le risque de voir certaines activités se déplacer vers d’autres places. L’enjeu est particulièrement important pour la gestion de fortune, secteur dans lequel la Suisse conserve une position internationale majeure.
La leçon de Credit Suisse
La controverse oppose donc deux impératifs : éviter une nouvelle crise systémique et préserver l’attractivité de la place financière suisse. L’effondrement de Credit Suisse a démontré les risques liés à une grande banque dont la défaillance pourrait avoir des conséquences internationales. Mais le renforcement des exigences prudentielles ne doit pas, selon le secteur, conduire à une perte excessive de compétitivité.
La Banque nationale suisse défend pour sa part l’idée de maintenir des niveaux de capital solides. Son vice-président, Antoine Martin, a récemment estimé qu’un niveau de capital « robuste » ne constituait pas nécessairement un handicap commercial pour les banques et pouvait même leur permettre de gagner des parts de marché lors des prochaines périodes de turbulences.
Le Parlement doit trancher
Le débat entre stabilité financière et compétitivité entre dans une phase décisive. Une commission parlementaire suisse doit examiner les nouvelles règles bancaires concernant notamment UBS, après l’échec d’un précédent groupe à parvenir à un compromis. Plusieurs scénarios sont désormais étudiés pour les exigences de capital applicables aux filiales étrangères d’UBS, avec des niveaux potentiellement inférieurs à la proposition initiale du gouvernement. Les discussions parlementaires doivent se poursuivre au cours des prochains mois, avec une entrée en vigueur des nouvelles règles qui pourrait ne pas intervenir avant la fin de 2026, voire au-delà.
Pour la Suisse, le débat dépasse donc le seul cas d’UBS. Il pose une question stratégique : jusqu’où renforcer la sécurité du système bancaire sans affaiblir l’un des principaux atouts économiques du pays ? Le futur patron du lobby bancaire suisse prévient que la réponse devra préserver un équilibre délicat entre solidité financière et compétitivité internationale.