Il fallait oser. La Suisse a passé trois ans à batailler diplomatiquement pour décrocher l’organisation du sommet mondial sur l’intelligence artificielle (IA). Trois ans de couloirs feutrés, de notes verbales et de sourires diplomatiques. Et quand le moment de sortir le chéquier est enfin arrivé, la réponse helvétique a laissé le monde bouche bée : désolé, on n’a pas le budget.
Oui. La Suisse. Ce pays où les montres coûtent plus cher que certains PIB africains. Ce pays où le coût de la vie donne des sueurs froides aux touristes les plus téméraires. Ce pays dont les banques ont longtemps accueilli les fortunes de la moitié de la planète. Ce pays-là n’aurait pas les moyens financiers, cela s’entend, d’inviter ses propres invités. Ceux qui croient à une blague, détrompez-vous. L’information est digne de foi !
Selon Le Temps, les 6 millions de francs débloqués par le Conseil fédéral permettront certes d’accueillir les représentants des pays organisateurs passés et futurs, mais pas les chefs d’État et de gouvernement. Les ministres devront faire l’affaire. On imagine la scène : « Votre Excellence, nous serions ravis de vous accueillir, mais pourriez-vous envoyer votre numéro deux ? Merci de votre compréhension ».
La Suisse invoque, avec le sérieux qui la caractérise, “la rigueur budgétaire“, le sacro-saint frein à l’endettement et le coût jugé exorbitant des précédents sommets, parfois évalués à plusieurs dizaines de millions, toujours selon Le Temps. Argument recevable. Argument même admirable. Et, quelque part, parfaitement cohérent : c’est peut-être précisément parce que les Suisses comptent leurs sous avec cette minutie horlogère qu’ils sont, justement, si richement à l’aise. Et comment ! En tout cas, les Helvètes nous démontre, une nouvelle fois, que si on sait compter ses sous, on est toujours à l’abri du besoin… en matière d’argent.
Une ambition mondiale, donc. Avec un budget de voisinage. L’intelligence artificielle, elle, n’a pas de commentaire. Elle calcule.