Faut-il voir dans le « pacte de La Mecque » l’émergence d’un axe sunnite destiné à faire contrepoids à l’Iran chiite ? Autrement dit, un nouveau front régional où chacun jouerait sa partition : l’Arabie saoudite apporterait la puissance financière, la Turquie son poids militaire, et le Pakistan l’arme nucléaire. Une combinaison qui pourrait profondément rebattre les cartes stratégiques du Moyen-Orient.
Nul doute que le « pacte de La Mecque » — conclu vendredi 7 août 2026, dans les lieux saints de l’islam entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite, dans un contexte marqué par des attaques contre le royaume saoudien et la guerre au Moyen-Orient — constitue un véritable séisme géostratégique au Proche-Orient.
Symboles
Et c’est dans un cadre solennel que l’accord a été paraphé. Dans la ville sainte de l’Islam, un vendredi, jour de la grande prière. Quelques heures plus tôt, le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a accompli la Omra avant d’être autorisé à pénétrer dans la Kaaba, un privilège rarement accordé. Une fois le pacte signé, lls trois dirigeants se retrouvent côte à côte pour prier sur l’esplanade de la Grande Mosquée, entourés de leurs états-majors. Une mise en scène qui confère ainsi à l’alliance une dimension éminemment symbolique.
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Inspiré du principe de défense collective qui fonde l’OTAN, cet accord instaure entre les trois signataires, en l’occurrence le président turc Recep Tayyip Erdogan, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, un mécanisme d’assistance militaire mutuelle, avec une portée particulièrement lourde de conséquences compte tenu du rôle du Pakistan, seule puissance nucléaire du monde musulman.
En outre, les trois puissances sunnites se sont engagées dans les efforts diplomatiques visant à mettre un terme au conflit entre l’Iran et les États-Unis, déclenché le 28 février 2026 par les frappes israélo-américaines contre la République islamique. Une guerre qui, en se propageant à l’ensemble de la région, a fait vaciller les équilibres du Moyen-Orient et provoqué de sérieux dégâts. Mais le rapprochement ne part pas de zéro. Riyad et Islamabad sont déjà liés depuis septembre 2025 par un accord de défense mutuelle, qui prolonge plusieurs décennies de coopération militaire étroite. Sa conclusion avait alors suscité de vives interrogations, notamment en raison d’un élément qui change radicalement la portée de ce partenariat : le Pakistan est une puissance nucléaire.
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Assurance-vie
En effet, le royaume wahhabite cherche à consolider son dispositif d’alliances sécuritaires alors qu’il se retrouve directement pris dans l’escalade régionale. Depuis la fin février, l’Iran et les États-Unis sont entrés dans un affrontement ouvert, déclenché par les frappes israélo-américaines contre la République islamique. Pour Riyad, la menace se déploie désormais sur deux fronts. D’un côté, un Iran qui riposte tous azimuts ; de l’autre, un Israël qui, en dominant les airs, s’affirme comme la première puissance militaire de la région.
En juillet, Téhéran a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz, étranglant l’une des principales artères énergétiques mondiales. Dans le sud, les Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, s’en prennent aux navires saoudiens et font planer la menace d’un embrasement autour de Bab el-Mandeb. Pour le royaume, l’encerclement n’est plus une simple réalité géographique : la menace frappe désormais à ses portes. Dernièrement, une attaque contre Najran a fait onze blessés, le bilan le plus lourd depuis la trêve conclue en 2022.
Dans ces conditions, Riyad ne paraphe pas un simple traité de circonstance. Elle se construit un bouclier — et, face à la multiplication des menaces, souscrit en quelque sorte une véritable assurance-vie.
Double avertissement
A noter que l’annonce de cette alliance entre trois alliés traditionnels de Washington adresse un double avertissement à Téhéran, en premier lieu, mais également aux États-Unis, dont la fiabilité en tant que parapluie sécuritaire apparaît de plus en plus contestée. Islamabad a d’ailleurs levé toute ambiguïté sur la portée du pacte : « toute attaque armée contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous », a précisé le ministère pakistanais des Affaires étrangères, faisant de la solidarité militaire le principe central de cette nouvelle architecture de défense.
Pour sa part, Ankara présente cet accord comme une « contribution importante à la préservation de la paix » dans la région. Derrière cette formule diplomatique se dessine toutefois une ambition autrement plus stratégique : instaurer un nouveau mécanisme de dissuasion collective au Moyen-Orient et, ce faisant, permettre à ses membres de s’affranchir progressivement de leur dépendance sécuritaire à l’égard de Washington.
Au bout du compte, chacun y trouve son intérêt. Pour l’Arabie saoudite, l’enjeu est de s’imposer comme un acteur incontournable de la sécurité régionale tout en diversifiant ses partenariats militaires afin de réduire sa dépendance à l’égard de Washington. La Turquie, elle, entend renforcer son poids stratégique sans franchir la ligne rouge de ses engagements au sein de l’OTAN, Ankara assurant que l’accord n’est « pas en contradiction » avec ses obligations atlantiques. Quant au Pakistan, il voit dans ce rapprochement l’occasion d’accroître son influence au Moyen-Orient, tout en consolidant ses liens économiques et en attirant davantage d’investissements saoudiens.
Un cauchemar pour Israël
Pour Israël, le signal est particulièrement alarmant. La naissance de cet axe Riyad-Ankara-Islamabad pourrait en effet rebattre les cartes des alliances régionales et accentuer l’isolement de l’État hébreu. Plus inquiétant encore pour Tel-Aviv, cette nouvelle architecture de sécurité pourrait à terme s’élargir à l’Égypte, pourtant engagée, sous la pression des circonstances, dans la dynamique des accords d’Abraham. Une telle évolution ferait émerger un front régional inédit, susceptible de remettre profondément en cause les équilibres stratégiques au Moyen-Orient.

