Alors que 46 000 ingénieurs tunisiens ont déjà quitté le pays en dix ans et que 6 000 autres envisagent de faire de même chaque année, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat ( UTICA) estime que la priorité nationale devrait être de retenir les compétences et non de dresser de nouveaux obstacles à l’exercice de la profession.
Dans un communiqué publié ce 30 juillet, l’UTICA réagit vivement aux récentes publications de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, qui a diffusé une liste d’établissements privés dont seuls les diplômés seraient habilités à s’inscrire à son tableau. L’organisation patronale dénonce une initiative source de confusion pour les étudiants, les familles et les entreprises, et qui risque d’accroître le sentiment de frustration chez les jeunes diplômés déjà tentés par l’exil.
L’Union rappelle avec force que la reconnaissance du diplôme national d’ingénieur relève de la seule compétence du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui est l’autorité légale habilitée à autoriser les établissements, accréditer leurs programmes et en assurer le contrôle. Elle souligne que les textes régissant l’Ordre n’exigent pas une accréditation spécifique, mais uniquement une reconnaissance par l’État.
Dès lors, l’UTICA s’interroge sur le fondement juridique de ces listes successives, sur les critères et la méthodologie employés, ainsi que sur la portée légale de telles démarches. L’organisation demande également des éclaircissements sur la somme de 10 000 dinars réclamée à certains établissements pour l’étude de leurs dossiers, exigeant transparence et bonne gouvernance.
L’Union tient à souligner le rôle central des écoles privées, qui forment chaque année près de 6 500 ingénieurs, dont plus de 75 % trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie. Elle considère que la confiance dans le diplôme national est un enjeu stratégique pour la compétitivité du pays. Aussi appelle-t-elle les étudiants et leurs familles à ne s’en remettre qu’aux décisions officielles du ministère pour toute question de reconnaissance, et invite l’Ordre des ingénieurs à publier clairement les bases juridiques, les critères d’évaluation et la méthodologie de ses procédures.
Pour l’UTICA, la qualité de la formation doit être un atout pour la Tunisie, non un motif de suspicion. L’organisation conclut en réaffirmant son attachement à un dialogue institutionnel constructif, dans le respect des prérogatives légales de chaque instance, au service des étudiants, de la profession et du rayonnement du diplôme tunisien d’ingénieur.