L’investissement public est au cœur du développement. Il finance les routes, l’assainissement, les équipements collectifs et, plus largement, les infrastructures qui améliorent le cadre de vie des citoyens. Mais les montants engagés ne suffisent pas à garantir l’efficacité des projets : tout dépend de la qualité de la gouvernance à chaque étape, de la préparation au financement, puis de l’exécution, du suivi et de l’évaluation. C’est ce qu’il ressort du colloque organisé ce jeudi 23 juillet 2026 par l’IACE, consacré à l’évaluation des pratiques de gouvernance et de transparence des projets d’investissement public en Tunisie. Dans le contexte du plan de développement 2026-2030, les échanges ont mis en lumière plusieurs enjeux majeurs.
D’abord, le diagnostic est préoccupant. Sur environ 21 000 projets inscrits, près de 6 000 ont été reportés. Or, chaque report entraîne un coût supplémentaire et accentue les difficultés de mise en œuvre. Et ce, dans un contexte où il devient nécessaire de rationaliser l’allocation des dépenses publiques. La question du financement reste également centrale. Pour l’heure, les détails ne sont pas encore entièrement connus. C’est ce qu’a souligné Ahmed Guidara, expert en finances publiques, dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrebin .com
Il estime que l’orientation privilégiée repose sur une plus grande mobilisation du budget de l’État, ainsi que sur des requêtes auprès des partenaires techniques et financiers, dans le cadre des relations historiques de la Tunisie avec ses bailleurs. Le recours aux partenariats public-privé fait aussi partie des pistes évoquées.
De plus, les recommandations issues de l’étude portent essentiellement sur plusieurs points. Il s’agit d’abord de renforcer la coordination institutionnelle, en particulier pour les projets nécessitant une gouvernance multiniveau. Ensuite, il faut améliorer les études ex ante et les études de faisabilité afin de réduire les risques d’échec. Enfin, l’accent doit être mis sur le respect des normes de reporting et de suivi. Et ce, avec une priorité donnée aux indicateurs de performance plutôt qu’aux seuls indicateurs physiques ou financiers.
A cet égard, l’objectif est clair : faire en sorte que les projets publics produisent un impact réel sur la vie quotidienne des citoyens, au-delà du simple taux d’exécution budgétaire.
Abordant la question de la transition énergétique, rendue encore plus urgente par les coupures d’électricité observées dans plusieurs régions du pays, Ahmed Guidara donne son point de vue. Sur le plan stratégique, la Tunisie s’est dotée de plusieurs cadres de référence, notamment une stratégie bas carbone à l’horizon 2050 et une stratégie de transition écologique. Le pays, devenu importateur net d’énergie, doit désormais accélérer la diversification de son mix énergétique, en particulier vers le photovoltaïque.
Les dernières concessions accordées devraient contribuer à cette évolution. Mais les objectifs fixés restent ambitieux. En effet, atteindre une part élevée des énergies renouvelables d’ici 2035 suppose encore un effort considérable. Car la part actuelle reste nettement en dessous des ambitions affichées. D’où la nécessité d’accélérer les investissements, de multiplier les concessions et de renforcer les capacités de la STEG, maillon essentiel de cette transition.