Au grand dam d’Israël, Washington a donné son feu vert pour que Riyad développe son propre programme nucléaire. « Totalement inacceptable car tout programme nucléaire militaire commence comme un programme civil », a averti Avigdor Liberman, un député d’opposition et ancien ministre de la Défense.
L’accord sur le nucléaire civil conclu entre Donald Trump et l’Arabie saoudite ouvre-t-il la boîte de Pandore d’une prolifération nucléaire au Moyen-Orient ? En Israël, la presse se montre quasi unanime : en donnant son feu vert à un accord de trente ans autorisant Riyad à développer un programme nucléaire civil, le président américain aurait porté un coup sévère aux intérêts stratégiques de son allié israélien.
Les médias israéliens n’ont pas manqué de rappeler également les déclarations de Mohammed Ben Salmane, le prince héritier saoudien, qui avait prévenu, dès 2018, que son pays n’hésiterait pas à développer « au plus vite » un programme nucléaire militaire au cas où l’Iran se lancerait dans cette aventure.
Cette décision est d’autant plus marquante que le locataire de la Maison Blanche a renoncé à faire de la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël un préalable à tout transfert de technologie nucléaire. Donald Trump rompt ainsi avec la stratégie de son prédécesseur, qui conditionnait un tel accord à l’adhésion de Riyad à la dynamique des « Accords d’Abraham ». Conclus en 2020 sous son premier mandat, ces accords avaient conduit les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc à établir des relations diplomatiques avec l’État hébreu. À l’inverse, Joe Biden avait auparavant mis son veto à tout arrangement nucléaire avec l’Arabie saoudite, tant que ce pays n’aurait pas consenti à sauter ce pas diplomatique.
« Totalement inacceptable car tout programme nucléaire militaire commence comme un programme civil », a réagi Avigdor Liberman, un faucon, député d’opposition et ancien ministre de la Défense.
Pour sa part, l’ancien Premier ministre, Ehoud Barak, estime que cet accord illustre « la perte de confiance de Donald Trump envers le chef du gouvernement au point que le président américain agit de plus en plus sans tenir compte des objections de Benyamin Netanyahou ».
Le monopole stratégique israélien menacé ?
En effet, aux yeux de Tel-Aviv, cet engagement américain dépasse largement le cadre de la coopération énergétique. Il pourrait, à terme, offrir au royaume wahhabite les capacités technologiques nécessaires pour franchir le seuil nucléaire militaire, remettant ainsi en cause le monopole stratégique qu’Israël exerce depuis des décennies dans la région.
Faut-il rappeler à cet égard que les experts militaires estiment que l’Etat hébreu disposerait de 80 à 90 ogives nucléaires susceptibles d’équiper des missiles, des avions ou des sous-marins. Israël n’a jamais reconnu officiellement être doté d’un tel armement et pratique « l’ambiguïté stratégique » en se contentant d’affirmer que l’Etat hébreu ne sera pas le « premier à introduire dans la région ».
Garde-fous
Pourquoi cet accord provoque-t-il une telle levée de boucliers en Israël ? Les États-Unis ont annoncé, mercredi 22 juillet 2026, un accord avec l’Arabie saoudite pour doter le royaume d’un programme nucléaire civil; « tout en assurant prévoir des garde-fous contre la prolifération de cette énergie au cœur du conflit avec l’Iran ».
Dans un communiqué, le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, affirme que l’accord « jette les bases juridiques d’un partenariat de plusieurs décennies » visant à « renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, à assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l’étranger ». Et d’ajouter que le partenariat conclu entre les deux pays permettra « de développer les exportations américaines de technologies nucléaires » et de « créer des emplois bien rémunérés aux Etats-Unis ».
L’accord prévoit la construction de réacteurs nucléaires en Arabie saoudite par des entreprises américaines et pourrait prévoir, après un délai d’étude de deux ans, la construction dans le royaume d’une installation d’enrichissement d’uranium ; sachant que l’Arabie saoudite dépend pour l’heure des centrales au gaz et au pétrole pour produire son électricité. Or, contrairement à un accord similaire signé par l’administration Bush avec les Émirats arabes unis en 2009, Riyad ne serait pas soumis aux mêmes conditions restrictives, notamment la signature d’un protocole additionnel avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Les responsables américains affirment que Washington empêcherait que l’uranium enrichi ne soit détourné à des fins militaires et garantirait que le combustible usé issu du réacteur ne puisse pas être retraité pour fabriquer une bombe.
L’accord a été signé par Chris Wright et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salmane. Il doit encore être soumis au Congrès américain mais celui-ci, à majorité républicaine, ne devrait pas s’opposer à sa mise en œuvre.
Risques de prolifération nucléaire
Rappelons enfin que le quotidien conservateur The Wall Street Journal redoute que l’accord américano-saoudien n’ouvre la porte à des demandes similaires de la part d’autres pays de la région. « Il faut s’attendre à ce que la Turquie et l’Égypte viennent à leur tour réclamer un accord. Or, on sait à quel point Trump répugne à dire non à Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Et pourquoi les Émirats arabes unis, qui ont été un allié bien plus fiable des États-Unis que l’Arabie saoudite pendant la guerre avec l’Iran, accepteraient-ils désormais d’être les seuls à respecter les règles sur le nucléaire ?, s’interroge le comité éditorial du journal. « Il sera désormais bien plus difficile d’empêcher la prolifération des capacités d’enrichissement d’uranium dans cette région instable ».