Pendant plus d’une semaine, notre pays a vécu, une tension inédite, provoquée par un tsunami de fake-news, certainement dirigées par des plateformes situées à l’étranger, tournant autour de la santé du Président de la République. Elles ont donné lieu aux rumeurs les plus folles, allant jusqu’à prétendre qu’il y avait une vacance du pouvoir.
Les gens avertis et surtout les professionnels des médias tunisiens, ont dès le déclenchement de la vague d’intox, compris, qu’il s’agissait d’une campagne d’intox, visant à déstabiliser le pouvoir politique. Sauf que du côté des instances officielles, on a gardé un silence absolu. Même les porte-paroles auto-proclamés se sont subitement tus, rompant avec leurs bavardages quotidiens sur les chaînes tv et radios. Ce qui a eu pour conséquence de considérer ce silence comme une preuve de la crédibilité des informations qui circulaient. Était-ce une nouvelle stratégie de communication du côté du gouvernement, qui consisterait à laisser monter la tension politico-médiatique, avant qu’une apparition, même furtive, du président de la République ne vienne mettre fin à toutes ces rumeurs insensées et tournerait en ridicule l’adversaire invisible ?
Certaines voix dans l’opposition ont crié au piège même pour décrédibiliser l’opposition. Ou alors une faute de communication institutionnelle, dont on ne connait pas le responsable du côté du gouvernement ?
Aucune explication convaincante n’est venue répondre à cette question. Et ce, d’autant plus que ni la présidence ni le premier ministère n’ont de porte-parole officiel, ce qui est un choix politique. On ne peut donc que se perdre en conjectures, face à cette situation.
Aucune explication convaincante n’est venue répondre à cette question. Et ce, d’autant plus que ni la présidence ni le premier ministère n’ont de porte-parole officiel, ce qui est un choix politique. On ne peut donc que se perdre en conjectures, face à cette situation.
« Intoxiquez, intoxiquez … Il en restera toujours quelque chose ! »
La formule est de Goebbels, chef de la propagande nazie, à propos du mensonge. Formule, qu’on peut utiliser pour décrire la guerre d’intox actuellement en cours, utilisée particulièrement par l’opposition islamiste et qui consiste, à fabriquer un gros mensonge et se livrer à un vrai matraquage de l’opinion, via des réseaux sociaux, pour le faire passer pour une vérité absolue.
Cette fois-ci, bien que des dirigeants nahdhaouis établis à l’étranger se soient saisis de « cette aubaine » pour mener leur campagne contre le pouvoir et particulièrement contre le président de la République, l’intox a été fabriquée en Italie, un pays voisin, par une obscure officine. Celle-ci a commencé tout d’un coup à s’intéresser à notre sort, nous pauvres citoyens tunisiens. Elle propose même des candidats à la succession à la tête de l’Etat. C’est tellement invraisemblable, mais c’est pourtant vrai.
Les choses auraient pu en rester là, car qui en Italie ou ailleurs croirait à cette feuille de choux ? Sauf que cette information en quelques minutes devint virale, et circula à une vitesse incroyable, reprise systématiquement, par des pseudo-politiciens, pseudo-journalistes, et s’imposa comme vérité absolue, alors qu’il ne s’agit que d’une pure intox.
Si l’on a atteint ce stade, c’est parce que le système de communication du gouvernement est totalement dépassé et est devenu inadéquat. A tel point qu’un pur mensonge, qu’on aurait pu tuer dans l’œuf, est devenu une réalité politique.
A notre avis, si l’on a atteint ce stade, c’est parce que le système de communication du gouvernement est totalement dépassé et est devenu inadéquat. A tel point qu’un pur mensonge, qu’on aurait pu tuer dans l’œuf, est devenu une réalité politique.
On a eu déjà affaire au même genre d’intox, à propos d’un pseudo accord militaire avec notre voisin de l’Ouest. Intox qui avait valu une sortie médiatique du Président de la République de ce pays, car c’étaient de suspectes pages Facebook qui avaient été à l’origine et que certains médias français mal intentionnés avaient repris. Cela sentait à plein nez une manipulation de services, pour nuire aux relations entre nos deux pays. A Tunis on y a opposé le silence des institutions officielles concernées. Comme cette fois-ci.
L’absence de communication sur la santé du président de la République n’est pas, à notre avis, la cause principale. Car durant de décennies, pour les différents présidents de la République tunisienne, la non communication sur la santé physique ou mentale du premier magistrat, était toujours la règle. Rappelons-nous la maladie de Bourguiba et son long séjour en Suisse au début des années soixante-dix, que le secret a longtemps enveloppé ! Même qu’un grand psychiatre suisse, qui avait écrit un célèbre bouquin, appelé « Ces malades qui nous gouvernent », avait cité Bourguiba comme patient, qu’il avait classé dans la catégorie des « maniaco-dépressifs ». L’on ne sait toujours rien à ce propos.
Rappelons aussi le cancer de la prostate de Zine Al-Abidine Ben Ali, qui a été un sujet tabou, à tel point qu’un ministre et une ambassadrice avaient été limogés pour avoir laissé passer des fuites ! Rappelons-nous le cas de Béji Caïd Essebsi et son hospitalisation à l’hôpital militaire, qui avait provoqué une tentative de putsch, conduit par Ennahda et Y. El Chahed, avant que la situation ne soit retournée par la vigilance de Mohammed El Naceur, alors président de l’assemblée nationale. Le cas Moncef Marzougui, lui-même qui avait caché son hospitalisation pour des raisons de santé mentale, lorsqu’il était dans l’opposition, à l’époque de Ben Ali. Bref, la maladie des hommes politiques a toujours été un tabou, comme celle d’un dirigeant d’un parti atteint d’Alzheimer, nommé ministre, et même successeur provisoire du premier ministre, alors que tout le monde savait qu’il était gravement atteint.
Bref, la maladie des hommes politiques a toujours été un tabou, comme celle d’un dirigeant d’un parti atteint d’Alzheimer, nommé ministre, et même successeur provisoire du premier ministre, alors que tout le monde savait qu’il était gravement atteint.
Ce qui pousse à dire que la maladie d’un homme politique en Tunisie est un sujet tellement tabou, qu’on finit par ne jamais y croire. Sauf que cette fois-ci on ne s’est pas contenté d’évoquer la maladie, mais on a fabriqué un scénario virtuel, validé par un chiffon rital, derrière lequel se cache une nébuleuse para-mafieuse, et qui a réussi son coup de déstabiliser l’establishment politique tunisien. Avant que l’apparition du Président de la République lors d’une visite « surprise » au siège de la SONEDE, ne mette fin à ce lugubre présage.
Mais malgré tout, les effets pervers des opérations d’intox de cette ampleur, ne se révèlent que longtemps après. Car pour l’intox, il en restera toujours quelque chose, exactement comme pour un empoisonnement.
L’opposition islamiste décrédibilisée
En surfant sur les réseaux sociaux, on peut s’apercevoir que les pages et autres médias liés aux islamistes d’Ennahdha, se sont livrés à corps perdus dans la bataille médiatique. Car ils auraient fini vraisemblablement par prendre cette intox, délivrée par l’officine italienne, pour une information confirmée. Ce qui en dit long sur la qualité de leurs dirigeants, notamment en exil, où le fantasme de voir se reproduire un second 14 janvier, est devenu une obsession absolue. Ils se sont jetés donc à corps perdu dans cette bataille virtuelle, croyant leur heure arrivée. Cela ne semble pas le cas des autres oppositions notamment destourienne, qui ne confondent pas discours politique et discours d’intox.
Il en découle que les islamistes d’Ennahdha semblent avoir reçu une baffe monumentale, lorsque Kaïes Saïed, en chair et en os, a déambulé du côté de la Manouba et de Kalaat el Andalous. Une douche froide semble avoir noyé les supporters de l’islamisme.
Il en découle que les islamistes d’Ennahdha semblent avoir reçu une baffe monumentale, lorsque Kaïes Saïed, en chair et en os, a déambulé du côté de la Manouba et de Kalaat el Andalous. Une douche froide semble avoir noyé les supporters de l’islamisme.
Ainsi la guerre médiatique menée à force d’intox s’est retournée contre ses auteurs. L’épisode de la prison de Messadine qui serait partie en fumée, tuant les prisonniers et qui a fait plutôt des dégâts du côté des familles des détenus, n’est qu’une tentative de provoquer l’anarchie, comme au 14 Janvier 2011. La réaction des autorités a été plus sévère, puisque des dizaines d’internautes ont, selon certaines sources, été interpelés et risquent de lourdes peines.
Cet épisode de la guerre politico-médiatique entre le pouvoir et ses détracteurs s’est déroulé sur fond d’une autre crise plus sérieuse, celle du « délestage » électrique de la STEG. Toutes les régions, villes, villages, quartiers, tous les citoyens, riches ou pauvres, vieux ou jeunes, hommes ou femmes ont subit démocratiquement et dans un sens égalitaire, les conséquences parfois très graves, des coupures de courant. Plusieurs facteurs expliquent cette incapacité de la société nationale à assurer la sécurité énergétique. Et ce, à un moment où les grands changements climatiques ont provoqué une élévation exceptionnelle de la température.
La Tunisie a mal d’abord dans sa communication institutionnelle ! Depuis toujours ! Commençons par là avant de disserter sur la liberté d’expression. Car un Etat qui communique mal est un Etat qui ne pourra plus jamais gérer les grands moments de crise.
Cette fois, cette situation qu’on peut qualifier de catastrophe naturelle, a aussi fait l’objet de manipulations politico-médiatiques visant à prouver l’incapacité du gouvernement à gérer une situation que tout le monde prévoyait. Tout le monde veut la tête du PDG et des responsables, comme si couper des têtes peut résoudre le problème. Mais n’avons-nous pas tous besoin de bouc émissaire ?
Encore une fois l’absence d’une vraie communication professionnelle dans cette entreprise qui était le fleuron de notre industrie, est patent. Cela ne fait que confirmer que le problème numéro un de l’Etat tunisien est son incapacité à communiquer et sa tendance à la rétention de l’information comme première règle qui régit tous les échelons de la bureaucratie.
La Tunisie a mal d’abord dans sa communication institutionnelle ! Depuis toujours ! Commençons par là avant de disserter sur la liberté d’expression. Car un Etat qui communique mal est un Etat qui ne pourra plus jamais gérer les grands moments de crise.