Au premier semestre 2026, l’illusion d’une embellie financière plane sur le continent africain. Selon la treizième édition de l’Africa Sovereign Credit Rating Review – une étude publiée conjointement par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) -, la trajectoire du crédit souverain s’est légèrement redressée.
Dans ce cadre, le document recense 5 relèvements de notes accordés par les grandes agences internationales (Fitch, S&P, Moody’s) à destination du Cap Vert, du Ghana, du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, contre deux dégradations (Botswana et Mozambique).
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Cependant, ce vernis de respectabilité, mis en avant par le rapport pour saluer la « stabilisation macroéconomique » de ces pays, masque mal une réalité générale bien plus sombre : beaucoup d’analystes assurent, preuve souvent à l’appui, que « l’Afrique continue de s’endetter à des conditions usurières, principalement pour éponger ses créances passées plutôt que pour bâtir son avenir ».
14 milliards de dollars levés par 9 Etats africains
Profitant d’un retour d’appétit très sélectif des investisseurs internationaux, 9 États africains se sont précipités sur les marchés obligataires pour lever plus de 14 milliards de dollars. Si l’engouement des souscripteurs a été au rendez-vous – par exemple, l’émission du Bénin ayant été sursouscrite 8 fois -, l’addition financière s’avère particulièrement salée. En effet, les données du MAEP et de la CEA révèlent que les marchés de capitaux ne font aucun cadeau : les coupons exigés atteignent des sommets intolérables, grimpant jusqu’à 9,80 % pour l’Angola et 9,50 % pour la République du Congo et la RDC par exemple. On repassera pour le capital « bon marché ».
Le véritable problème de cette frénésie obligataire réside dans la destination des fonds. Au lieu d’injecter ces capitaux dans des projets d’infrastructures, d’énergie ou de transformation industrielle capables de générer de la richesse future, certains gouvernements, en l’occurrence le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Angola et Maroc entre autres, ont affecté leurs émissions « au simple financement budgétaire ou au réaménagement du passif ». En clair : ces nations contractent de nouveaux emprunts à près de 10 % d’intérêt uniquement pour racheter d’anciennes obligations et repousser l’échéance de leurs remboursements.
Mozambique, Sénégal… et les recommandations du MAEP et de la CEA
Nombre d’experts attribuent cette gestion défensive et court-termiste à une fuite en avant. Heureusement certains pays font l’exception. C’est le cas par exemple de la RDC et de l’Égypte qui affectent une fraction des fonds reçus vers le développement social, tandis que la majorité du continent s’enferme dans un « piège de liquidité ». Comme le soulignent les révisions négatives attribuées au Gabon, au Mali ou au Sénégal pour manque de transparence budgétaire, les fragilités restent profondes. L’exemple le plus alarmant analysé par Fitch demeure le Mozambique, menacé d’une restructuration imminente de sa dette alors que celle-ci devrait dépasser les 90 % du PIB sur la période 2026-2027. Le Sénégal constitue un autre cas : le gouvernement vient de conclure un accord avec le FMI, mais l’opposition, conduite désormais par Ousmane Sonko, alerte sur un éventuel rééchelonnement de la dette sénégalaise…
Face à ce constat, le rapport du MAEP et de la CEA formule plusieurs recommandations, appelant notamment à renforcer les compétences des ministères des Finances, à accélérer la diversification économique par le biais de chaînes de valeur régionales, et à finaliser l’implantation de la future Agence africaine de notation à Maurice. Mais en l’état, sans réinvestissement productif immédiat, ces levées de fonds ne font que financer le passé au détriment de l’avenir.