Le président du groupe Coficab et vice-président de l’UTICA, Hichem Elloumi, a plaidé pour un encadrement strict de l’intelligence artificielle en entreprise et a appelé les compétences tunisiennes de la diaspora à s’investir dans l’industrialisation du pays.
Hichem Elloumi s’exprimait lors de la conférence plénière « Éducation, compétences et transformation des métiers : comment réussir le virage IA ? », organisée dans le cadre du Tunisia Global Forum « Bâtir l’avenir à l’ère de l’IA », qui s’est tenu à Tunis le 21 juillet.
Intervenant avec un regard d’industriel aux côtés d’experts et de chercheurs, Hichem Elloumi a d’abord rappelé le poids du secteur qu’il représente : l’industrie tunisienne exporte environ 20 milliards d’euros, essentiellement vers l’Union européenne, dont la moitié provient de l’industrie mécanique et électrique, avec des composants destinés notamment à l’automobile, à l’aérospatiale et à l’électronique.
L’intervenant est également revenu sur l’estimation, avancée plus tôt dans la conférence, selon laquelle 10 % des entreprises tunisiennes utiliseraient l’intelligence artificielle. Il estime que ce taux est probablement plus élevé, en particulier dans le tissu industriel à forte valeur ajoutée. Il a cité l’exemple de son propre groupe, Coficab, qui recourt à l’intelligence artificielle et au machine learning pour optimiser ses process industriels, améliorer la qualité de la production dès le premier essai et renforcer sa performance. L’entreprise, qui fabrique des câbles, s’appuie également sur ces outils dans ses activités de recherche et développement, notamment pour accélérer la mise au point de nouveaux composants isolants.
Hichem Elloumi a insisté sur le fait que l’intelligence artificielle ne doit pas être considérée comme un simple outil, mais comme une compétence à part entière. Il a mis en garde contre l’usage non encadré de solutions comme ChatGPT, Copilot ou Claude par des collaborateurs qui n’auraient pas conscience des risques de divulgation de secrets ou d’informations sensibles de l’entreprise. Il a donc plaidé pour la formation des cadres et des employés appelés à utiliser ces outils, plutôt que d’en laisser un accès libre à l’ensemble des collaborateurs, afin de professionnaliser cette utilisation.
Sur le volet formation, il a indiqué que l’UTICA travaille en étroite collaboration avec les universités et les centres de formation, à travers plusieurs projets destinés à rapprocher les start-up des talents tunisiens et à les accompagner, ainsi qu’à travers un programme baptisé Digital Talent.
L’intervenant estime que la diaspora tunisienne présente au forum est aujourd’hui surtout implantée dans les services, notamment bancaires, mais peu dans l’industrie. Alors que l’accélération de l’industrialisation constitue, insiste-t-il, le grand défi de la Tunisie. Il a invité les compétences tunisiennes de l’étranger à s’associer à cet effort, sans nécessairement devoir rentrer au pays. Tout en soulignant que la Tunisie affiche déjà de bons résultats dans certains domaines industriels technologiques.