L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a organisé lundi une conférence sur la situation des travailleurs des plateformes numériques en Tunisie, révélant que 98 % d’entre eux sont dépourvus de toute couverture sociale et que 60 % des livreurs se voient refuser toute assurance, dans un secteur qui échappe encore à tout cadre légal.
Selon une étude du département des études de l’UGTT, lancée en juin 2025 et présentée lors de cette conférence, le secteur des plateformes numériques en Tunisie relève de l’économie parallèle et regroupe environ 60 000 travailleurs et travailleuses, répartis en quatre catégories : livraison de commandes commerciales, livraison de médicaments en pharmacies et à domicile, auxiliaires de vie et aides-soignants à domicile, et transport de passagers à moto.
Des conditions de travail précaires et des revenus irréguliers
L’étude indique que 75 % de ces travailleurs souffrent d’irrégularité de revenus, ce qui compromet leur stabilité familiale, leur accès au logement et leurs conditions de vie. Le licenciement peut intervenir à tout moment, sans procédure : il suffit, selon le secrétaire général adjoint de l’UGTT Ahmed Jziri, de « supprimer l’accès numérique du travailleur pour le priver immédiatement de toute possibilité d’exercer son activité ».
Sur le plan sanitaire, les travailleurs sont exposés aux risques de la route, aux maladies respiratoires, aux troubles musculo-squelettiques et aux affections nerveuses, inhérents à la nature de leur activité.
Un vide juridique aux conséquences concrètes
L’absence de couverture contre les accidents du travail a conduit les compagnies d’assurance à refuser systématiquement d’assurer les deux-roues motorisés des livreurs, les contraignant à circuler avec des véhicules non homologués, selon les données présentées lors de la conférence.
Face à ce constat, l’UGTT a formulé plusieurs recommandations : intégrer les travailleurs des plateformes dans le système de sécurité sociale, encadrer la relation employeur-employé par un contrat de travail, créer des syndicats représentatifs, et former ces travailleurs en matière de santé et de sécurité professionnelles.
L’organisation syndicale appelle également à l’application de la Convention n° 193 de l’Organisation internationale du travail (OIT), adoptée récemment, qui constitue un cadre de référence sur le droit au travail décent pour les travailleurs des plateformes numériques.