Face à des chocs économiques et géopolitiques persistants et à une intégration régionale jugée encore insuffisante, la Tunisie appelle à une refonte en profondeur de la future stratégie d’intégration régionale de l’Afrique du Nord pour la période 2027-2033. L’enjeu a été au cœur d’un atelier de consultations organisé mardi 23 juin à Tunis par la Banque africaine de développement (BAD). Et ce, dans le cadre de la préparation du prochain « Document de stratégie d’intégration régionale » (DSIR-NA).
À l’approche de la clôture de la stratégie 2020-2026, les autorités tunisiennes estiment que la nouvelle feuille de route doit mieux refléter les réalités économiques actuelles. Selon le directeur général de la coopération africaine au ministère de l’Économie et de la Planification, Tarek Bouhlel, la région reste exposée à des chocs extérieurs récurrents, à un accès au financement devenu plus coûteux et à une transformation rapide des marchés liée à l’innovation technologique.
Il plaide ainsi pour une stratégie davantage ancrée dans les priorités contemporaines, reposant sur le renforcement de la souveraineté financière du continent et le principe de « compter sur soi ». Il appelle également à dépasser les approches classiques centrées sur la seule connectivité des infrastructures et le commerce intra-régional, au profit de mécanismes plus innovants adaptés aux mutations économiques.
Deuxième axe majeur : l’ancrage institutionnel de la future stratégie au sein de la BAD et son articulation avec la Nouvelle Architecture Financière Africaine de Développement (NAFAD). Celle-ci devrait, selon la Tunisie, s’appuyer sur des instruments de partage des risques, des plateformes d’investissement à grande échelle plutôt que des projets isolés, ainsi que sur une meilleure mobilisation de l’épargne domestique et des transferts de la diaspora.
Troisième priorité : la reconnaissance du rôle de la Tunisie comme acteur central de l’intégration régionale. Grâce à son adhésion au COMESA, à son engagement dans la ZLECAf et à un tissu industriel diversifié, le pays se positionne comme un carrefour entre l’Afrique du Nord et le reste du continent. Son secteur privé, notamment dans les industries pharmaceutiques et agroalimentaires, est présenté comme un levier clé de cette dynamique.
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De son côté, la directrice générale adjointe pour l’Afrique du Nord à la BAD, Malinne Blomberg, souligne que l’intégration régionale constitue une réponse stratégique face à la volatilité mondiale. Elle permettrait d’élargir les marchés, de stimuler les investissements et de créer davantage d’emplois, notamment pour les jeunes.
Elle insiste également sur le rôle du secteur privé tunisien et sur la nécessité de renforcer les infrastructures logistiques, la connectivité aux frontières et l’harmonisation des procédures commerciales. Ces améliorations pourraient réduire les coûts, accélérer les exportations et favoriser les investissements productifs dans des secteurs clés comme l’énergie, l’agro-industrie ou le numérique.
L’évaluation de la stratégie 2020-2026 met toutefois en évidence des limites persistantes : une intégration commerciale et financière encore faible; une coordination régionale insuffisante; des cadres réglementaires peu harmonisés; et une connectivité transfrontalière encore fragile appelant à une accélération des réformes.