Longtemps considérés comme les grands gagnants de la transformation numérique, les professionnels de la tech voient désormais l’intelligence artificielle comme une menace directe pour leur avenir. Malgré des salaires supérieurs à la moyenne et des perspectives de carrière encore favorables, une inquiétude profonde s’installe dans un secteur pourtant habitué à être à l’avant-garde de l’innovation.
Si l’on en croit une étude menée par InfoJobs, plus d’un salarié de la tech sur deux (52 %) craindrait que les outils d’intelligence artificielle finissent par remplacer son travail. Un niveau d’anxiété bien supérieur à celui observé dans l’ensemble de la population active, où cette crainte concerne 39 % des travailleurs. Un signal fort qui témoigne d’un changement de perception : ceux qui développent, utilisent et maîtrisent les technologies d’IA sont aussi parmi les premiers à redouter leurs conséquences, ajoute ladite étude.
Cette montée des inquiétudes intervient alors même que les professionnels du secteur continuent de bénéficier d’avantages salariaux significatifs. Près de 43 % d’entre eux gagnent plus de 2 000 euros nets par mois, contre seulement 23 % pour l’ensemble des actifs. Leur satisfaction vis-à-vis de leur rémunération reste également supérieure à la moyenne nationale.
Mais ces revenus plus élevés ne suffisent plus à dissiper les doutes. Derrière les augmentations de salaire et les opportunités de carrière, une question s’impose de plus en plus : combien de temps les compétences humaines resteront-elles indispensables face à des outils capables d’automatiser des tâches toujours plus complexes ?
L’étude montre pourtant que le secteur conserve un certain dynamisme. Au cours des deux dernières années, 65 % des salariés de la tech ont bénéficié d’une augmentation de salaire, contre 58 % dans l’ensemble des métiers. Pourtant, cette progression ne semble pas rassurer durablement les professionnels, dont beaucoup anticipent déjà de nouveaux bouleversements liés à l’IA.
La pression économique continue également de peser. Plus d’un tiers des répondants estiment que leur situation financière s’est détériorée malgré la hausse des rémunérations. Face à l’inflation, plus de huit salariés sur dix déclarent avoir réduit leurs dépenses, notamment dans les loisirs, les voyages ou les achats jugés non essentiels.
L’enquête met ainsi en lumière un paradoxe de plus en plus visible : même parmi les travailleurs les mieux rémunérés et les plus qualifiés du numérique, la peur du déclassement progresse. A mesure que l’intelligence artificielle gagne en puissance, l’idée qu’aucun métier ne soit réellement à l’abri semble s’imposer jusque dans les rangs de ceux qui ont contribué à bâtir cette révolution technologique.
Alors aux experts de la tech vont pouvoir s’inventer de nouveaux rôles qui leur rendraient indispensables pour échapper à d’éventuels licenciements.