Rami Elgolli, consultant international en comptabilité carbone et énergie verte (Auditor 50001), met en garde les entreprises tunisiennes. C’était lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, le 21 mai 2026 à Tunis. Intervenant dans le panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », il a souligné que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) constitue à la fois une contrainte réglementaire incontournable et un levier de compétitivité pour les exportateurs tunisiens.
L’Union européenne absorbant près de 70 % des exportations tunisiennes, le consultant a aussi rappelé les engagements de la Tunisie dans l’Accord de Paris : une réduction de 45 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dont 28 % inconditionnels et 17 % conditionnels.
Le MACF, conçu par l’Union européenne pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 °C, vise principalement à prévenir la fuite carbone, c’est-à-dire la délocalisation des productions vers des pays aux normes environnementales moins strictes.
Lire aussi : La Tunisie présente son plan d’action climat pour l’accord de Paris 2015
Actuellement, le mécanisme s’applique à six secteurs : l’acier, l’aluminium, les engrais, le ciment, l’énergie et l’hydrogène. Il s’étendra prochainement à tous les produits transformés à base d’acier et d’aluminium, ainsi qu’aux secteurs de la chimie, de la pétrochimie, de l’agroalimentaire, de la céramique et de la mobilité.
Contrairement à l’empreinte carbone complète d’un produit, le MACF ne requiert que trois catégories de données : les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à la consommation électrique (Scope 2), et les quantités exportées (annuelles).
Le dispositif fonctionne sur un système de quotas carbone différenciés. Les entreprises qui dépassent leur quota paient une taxe sur l’excédent. Ces quotas gratuits seront progressivement réduits jusqu’à leur suppression totale en 2034, date à partir de laquelle toute émission de CO₂ sera taxée.
Pour les entreprises à forte empreinte carbone, le MACF représente une menace. Pour celles qui anticipent la décarbonation, il offre une opportunité : réduction des taxes, accès à de nouveaux marchés européens, éligibilité à des financements avantageux (crédits ESG) et baisse des coûts énergétiques.
Lire également : Décarbonation et transition durable : les priorités de la CTFCI mises en lumière
Rami Elgolli, formé dans le cadre du programme Batim orchestré par le CZ et financé par le FXZ, accompagne déjà une soixantaine d’entreprises tunisiennes de la filière mobilité (câblage automobile, aéronautique et mécanique). Il les prépare également au futur passeport carbone produit, qui exigera une traçabilité complète : bilan carbone, composition et origine des matières premières, origine de l’énergie (fossile ou renouvelable) et cycle de vie du produit.