Il est des mystères que même les plus grands esprits de l’humanité n’ont jamais réussi à percer. Le triangle des Bermudes, la matière noire, ou encore… la connexion Internet en Tunisie.
Car oui, dans ce pays où l’on peut débattre pendant des heures de souveraineté numérique, il suffit d’un léger souffle de vent – ou d’un voisin qui allume son micro-ondes – pour que le réseau national entre dans une méditation profonde, presque philosophique.
La fibre optique… version contemplative
On nous parle de fibre optique, de haut débit, de transformation digitale. On imagine des câbles filant à la vitesse de la lumière, transportant des données avec la grâce d’un TGV japonais. En réalité, l’expérience utilisateur s’apparente davantage à une caravane de chameaux traversant le désert, avec une pause thé toutes les dix minutes.
Le téléchargement d’un fichier devient alors une véritable école de patience. On ne “télécharge” pas, on accompagne le fichier dans sa croissance spirituelle. Il commence à 2 %, hésite, recule à 1 %, puis disparaît totalement, probablement pour aller consulter un marabout numérique.
Le Wi-Fi : une entité mystique
Le Wi-Fi tunisien n’est pas une technologie. C’est une entité vivante, capricieuse, dotée d’une volonté propre. Il apparaît quand on n’en a pas besoin et disparaît au moment critique, généralement lors d’un appel important, d’un paiement en ligne, ou du dernier niveau d’un jeu.
Certains utilisateurs affirment même qu’il réagit aux émotions humaines. Plus vous avez besoin d’Internet, plus il vous abandonne. Une sorte de stoïcisme appliqué aux télécommunications.
Les opérateurs : entre poésie et abstraction
Les fournisseurs d’accès, eux, excellent dans l’art de la communication… au sens littéraire du terme. Les messages sont toujours d’une grande élégance : “une perturbation indépendante de notre volonté”; “une maintenance exceptionnelle”; ou encore “une amélioration du service en cours”.
Traduction : nous non plus, nous ne savons pas ce qui se passe, mais restons dignes.
Le service client : un voyage initiatique
Contacter le service client relève d’une quête initiatique. Après avoir navigué dans un labyrinthe de menus vocaux, vous atteignez enfin un conseiller, dont la première mission est de vous poser la question existentielle : “Avez-vous redémarré votre routeur ?”
C’est un peu le “Have you tried turning it off and on again ?” universel, mais avec une touche locale. Peu importe que la panne soit nationale, internationale, intergalactique – le routeur reste le suspect numéro un.
Une résilience nationale admirable
Et pourtant, malgré tout cela, le Tunisien s’adapte. Il développe des compétences rares : détecter le moment précis où Internet fonctionne; télécharger à la vitesse de l’éclair dès qu’une brèche s’ouvre; partager la connexion comme une denrée précieuse.
Certains ont même atteint un niveau quasi-mystique : ils savent exactement où se placer dans la maison pour capter une barre de réseau. Un pas à gauche, plus rien. Un pas à droite, la 4G apparaît, fragile, comme une apparition divine.
In fine, une expérience presque artistique
Au fond, les pannes d’Internet en Tunisie ne sont pas un problème. Ce sont une expérience. Une performance artistique collective, où chaque citoyen devient acteur d’un théâtre de l’absurde numérique.
Et peut-être qu’un jour, dans un futur lointain, lorsque la connexion sera stable, rapide et fiable… il nous manquera quelque chose.
Cette petite montée d’adrénaline quand une page charge.
Ce suspense insoutenable devant une vidéo qui “buffer”.
Cette poésie involontaire d’un pays connecté… de temps en temps.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)