L’entreprise Les Ciments de Bizerte traverse une zone de turbulences critiques malgré un sursaut commercial en fin d’année 2025. Tandis que le chiffre d’affaires annuel a bondi de plus de 31 % pour atteindre 40,51 millions de dinars, la réalité industrielle de l’usine est celle d’un moteur à l’arrêt. Pour la deuxième année consécutive, la production de clinker, le cœur du métier de cimentier, est restée nulle, paralysée par l’incapacité financière de la société à importer du coke de pétrole, unique combustible capable d’alimenter ses fours. Cette impasse opérationnelle force l’entreprise à se transformer en simple atelier de broyage, dépendant totalement d’achats de clinker importé ou local pour maintenir une présence résiduelle sur le marché.
L’analyse des indicateurs du quatrième trimestre révèle un contraste saisissant : le chiffre d’affaires a explosé de 54,49 % sur cette période, s’établissant à 9,07 millions de dinars contre 5,87 millions un an plus tôt. Cette hausse est portée par une intensification ponctuelle du broyage, qui a permis de produire 36 770 tonnes de ciment au dernier trimestre, ainsi que par une activité portuaire dynamique. Le déchargement de sept navires de coke de pétrole pour le compte de tiers a généré des revenus de quai s’élevant à 1,39 million de dinars. Cependant, ces gains de surface peinent à masquer l’érosion des fondamentaux économiques de la société.
La structure financière de l’entreprise demeure en effet lourdement fragilisée. L’endettement global stagne à un niveau alarmant de 122,36 millions de dinars à la fin de l’année 2025, alors que la société avoue son incapacité chronique à honorer ses engagements envers ses fournisseurs et ses créanciers bancaires. Si les crédits de gestion ont légèrement reculé pour s’établir à 23,41 millions de dinars, la persistance de l’arrêt de la production propre de clinker compromet gravement les équilibres à long terme.
Pour le premier trimestre 2026, la stratégie de survie repose sur une gestion de crise stricte. Les Ciments de Bizerte prévoient de maintenir leur activité de broyage par l’achat de matière première externe afin de conserver leurs parts de marché locales, tout en misant sur la continuité des revenus liés au déchargement portuaire. L’objectif immédiat reste la maîtrise des coûts de distribution dans un climat social que la direction espère maintenir serein, bien que la reprise effective de la production intégrale reste conditionnée à un déblocage financier majeur.