La vague d’extrême droite en Occident

Fratelli d'Italia

La montée des nationalismes en Europe et aux Etats-Unis ne cesse de se confirmer et de se renforcer. Les partis qui flirtent avec l’autoritarisme et le rejet des étrangers connaissent une popularité inégalée en Occident depuis la Seconde Guerre mondiale. Après le Brexit et la présidence Trump, les démocraties européennes sont traversées par une vague d’extrême droite.

En Italie, la victoire de Fratelli d’Italia est historique. L’évènement est de nature à provoquer une onde de choc, car l’Italie est à la fois le berceau du fascisme et le laboratoire de notre modernité politique. Du reste, ces élections législatives italiennes s’inscrivent dans un mouvement global qu’elles viennent consacrer. Si d’autres démocraties dans le monde (de l’Inde à Israël) connaissent une dérive de même nature, une telle régression revêt une signification particulière pour des Européens tentés de renouer avec le pire de l’histoire du Vieux continent.

Les démocraties occidentales sont traversées par une vague illibérale de type autoritaire et réactionnaire. Le trumpisme ou « pré-fascisme » s’est enraciné aux Etats-Unis, tandis que l’Europe est saisie par la montée en puissance de partis nationalistes et identitaires. Au-delà de leur diversité, les forces européennes de l’ultra droite tiennent un discours « antisystème », alors qu’ils se situent désormais au cœur de systèmes démocratiques en crise. Elles sont au pouvoir en Hongrie, en Pologne, en Suède, et désormais en Italie. Elles sont en embuscade en Croatie, en Bulgarie, etc. Ils se sont pleinement intégrés au système politique et institutionnel  en Allemagne, Autriche et en France. En avril dernier, Marine Le Pen s’était à nouveau qualifié au second tour de l’élection présidentielle, totalisant 41,2 % des voix, soit 8 points de plus qu’en 2017, réunissant ainsi plus de 13 millions de voix. Quelques semaines plus tard, au terme des élections législatives, son parti (le Rassemblement national) a multiplié son nombre de députés par onze. Le parti d’extrême droite est désormais le premier groupe d’opposition parlementaire …

 

Cette montée en puissance des forces d’extrême droite est animée par de passions motrices : le rejet du système de la démocratie représentative, sur fond de « dégagisme » ; le sentiment de dépossession des attributs de la souveraineté face aux flux migratoires et au pouvoir d’une économie globalisée et financiarisée. Dans une perspective plus large, les réactions suscitées par la globalisation trahissent un profond désenchantement. A défaut d’apporter des solutions viables à ces passions tristes, les forces d’extrême droite les cultivent pour mieux nourrir leur dynamique d’accession au pouvoir. Il convient ici de souligner leurs victoires dans la bataille des idées, comme l’atteste la banalisation de leurs thèses autoritaires, liberticides et xénophobes et la fin d’une forme de « tabou politique » avec l’ouverture des partis de la droite de gouvernement (conservatrice et/ou libérale) à l’hypothèse d’une coalition avec des partis radicaux au niveau national (en Suède comme en Italie) et au niveau local (comme en Espagne, dans la région de Castille-et-León).

 

Bien qu’elles cultivent des histoires propres et des divergences stratégiques non négligeables (sur le rapport à l’Union européenne, mais aussi à l’égard de Poutine) les forces politiques européennes d’extrême droite partagent une matrice idéologique commune fondée sur l’identitarisme et l’autoritarisme.

Le premier est d’ordre axiologique ou culturel, en ce sens où elles prônent une doctrine ou du moins des positions ultra-conservatrices (anti-IVG, anti-féministe, anti-LGBT) et identitaires (anti-immigrés) animées par une conception fantasmée d’une civilisation européenne « blanche et chrétienne » en péril. Le spectre du « grand remplacement » est mis en avant pour entretenir, plus largement, un discours décliniste, xénophobe, révisionniste et sexiste.

Le second trait caractéristique de ces forces d’extrême droite concerne leur rapport au pouvoir politique et à son exercice. Il ressort en effet de leur pratique du pouvoir comme de leurdiscours une conception autoritaire qui se traduit concrètement par une tendance à la concentration du pouvoir aux mains de l’exécutif. La séparation des pouvoirs comme garantie contre l’arbitraire, n’est pas chose acquise. Outre la marginalisation du Parlement, c’est l’indépendance du juge qui est visée. Or ce principe est à la base de la garantie de nos libertés et de l’Etat de droit.

 

Aux Etats-Unis, au-delà de ces problèmes judiciaires, ne soyons pas dupes : les idées de D. Trump sont enracinées dans une large partie de la population américaine. L’ex président Républicain a la main mise sur le Parti républicain.D. Trump, qui n’a jamais admis sa défaite lors de la dernière élection présidentielle, semble prêt à tout pour reconquérir la Maison Blanche. Sadémagogie fondée sur un discours nationaliste et xénophobe continue de bénéficier d’une large audience. Une réalité qui n’exclut donc pas la perspective d’un retour en forme de cauchemar …

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Béligh Nabli est directeur de recherche à l’Institut de Recherche International et Stratégie (IRIS, Paris). Il a suivi des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, avant d'obtenir son doctorat à l’Institut Universitaire Européen (IUE, Florence). Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles portant sur la France, l’Europe et la Méditerranée. Son dernier ouvrage s’intitule L’Etat. Droit et politique (Armand Colin, Coll. U, 2017).

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