Débat – Investissement et finance verte : quelles voies emprunter ?

Le lien entre l’investissement et la finance verte a fait aujourd’hui l’objet du deuxième panel de la 23ème édition du Forum de l’Economiste Maghrébin organisé sur le thème « La Tunisie face aux défis économiques des transitions écologiques et énergétiques ». Est-ce qu’on va verdir le pays? Quel impact d’une éventuelle trajectoire carbonisée? Quels outils à mettre en place sur le marché financier tunisien pour encourager les projets verts? Comment encourager les financements verts? Est-il envisageable d’octroyer des financements aux projets respectueux de l’environnement par une bonification des taux d’intérêts?

Ouvrant les travaux de ce deuxième panel sur la finance verte, Samir Saied, ministre de l’Economie et de la Planification rappelle le programme national des réformes présenté récemment par le gouvernement. Il vise, entre autres, la production de 2000 MW à partir des énergies renouvelables sur la période 2023-2024 et 2025. « On y travaille. Il faut un accord avec l’UGTT pour aboutir à une solution. Nous devons réussir ». Ainsi souligne le ministre, dans son appel à l’UGTT. Et d’ajouter: « Il y a une opportunité importante dans la diversification des ressources et les investisseurs sont prêts à investir. »


Optimiste, Hervé Lorenzi, fondateur et membre du Cercle des économistes et président de l’Association pour les rencontres économiques d’Aix-Province souligne pour sa part que l’épargne doit être importante et forte pour encourager ce genre d’investissement. Il a aussi déclaré que des transformations profondes sont à introduire. Pour ce qui est taxe carbone, Hervé Lorenzi fait savoir que l’Afrique est aujourd’hui pénalisée. « Il faut 4% de plus d’investissements pour atteindre les objectifs de la COP21. La finance verte est importante, mais le chemin n’est pas facile. Il faut traiter les problèmes internationaux de manière équitable », a-t-il dit.

La CDC et l’émission d’obligations vertes

Comment la Caisse des dépôts et de consignation (CDC) voit les choses en Tunisie? Pour répondre à cette question Néjia Gharba, directrice générale de la CDC, rappelle que la caisse joue un rôle important dans l’investissement durable. A travers notamment l’appui aux entreprises innovantes, l’accompagnement dans la transition écologique et énergétique. Et ce, dans le cadre des objectifs 6,7 et 13 du développement durable. Dans ce même contexte, la directrice générale de la CDC évoque la question de l’émission des obligations vertes. Ainsi, elle lance un appel aux acteurs privés, afin de saisir l’opportunité des financements disponibles dans ce domaine.

Alexandre Borde, CEO de Cibola Partners a, de son côté, abordé la question des dons et des prêts.

Bonification des taux

Revenant sur la question des financements des projets verts et respectueux de l’environnement, Mondher Lakhal, directeur général de la Banque nationale Agricole (BNA) a affirmé que l’octroi des prêts avec bonification des taux est aujourd’hui envisageable. « Il faut y aller maintenant. Il faut aussi que chaque banque ait son système de gestion environnementale. Pour les PME, il est possible de se financer par exemple à maturité longue et à un coût faible. On est disposé à appliquer des bonus pour les entreprises respectueuses de l’environnement. Mais il faut mettre en place un cadre réglementaire adéquat ». C’est ce qu’assure le DG de la BNA qui a appelé à penser écologie parce que c’est impératif et non pas un luxe.

Raphaël Lechanoine, EY Europe West Renewables Leader en Strategy Transactions, souligne qu’il faut s’orienter vers les bons projets. Pour investir dans des projets verts, Raphaël Lechanoine recommande notamment la nécessité d’une ambition nationale à long terme. De même qu’une feuille de route tous les trois ans et une réglementation adéquate pour que les projets verts soient bancables. « Aujourd’hui les investisseurs privés ont un rôle important dans la transition écologique et énergétique », assure-t-il.

Au final, Wissem Ajili Ben Youssef, PhD-Directrice des MBA finance-Eslsca Paris Business School relève la nécessité de gérer les asymétries dans l’information entre les détenteurs et les demandeurs de financements. Elle considère en effet que peu d’entreprises savent évaluer les performances environnementales.

Article précédentSamir Saïed – Energies renouvelables: atteindre les 30 à 35% d’ici 2030
Article suivantLes moutons de l’Aïd disponibles en quantité suffisante et à des prix raisonnables (ministre)
Avatar photo
Journalist with extensive experience in one of Tunisia's key industries : olive oil. He has a particular interest in youth unemployment and understanding how to interpret and report on employment statistics and other economic indicators.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here