La Tunisie n’est pas le Liban … pour le moment

Depuis la fameuse déclaration du Vice-Premier ministre libanais sur la faillite de son pays, les comparaisons avec la Tunisie sont déjà allées trop loin. La majorité confirme que la Tunisie est sur la bonne route pour rejoindre le sort du Liban.

Pour mieux juger, il n’y a pas mieux que les chiffres. Au Liban, le poids relatif de la dette publique par rapport au PIB a atteint 480% en 2021. En valeur absolue, le pays doit à ses créanciers 99,8 milliards de dollars, dont 38,1 milliards de dettes extérieures.
Pour la Tunisie, son endettement représentera 82,6% de son PIB fin 2022. Il pèse moins de 40 milliards de dollars (114,1 milliards de dinars). La dette extérieure est inférieure à 25 milliards de dollars (72,9 milliards de dinars).
Au niveau des paiements extérieurs, le Liban a affiché un déficit de 10,5 milliards de dollars fin 2020. Et ce, malgré l’arrêt du paiement du service de la dette. La même année, le déficit de la Tunisie était à peine de 2 milliards de dollars pour un pays qui a honoré tous ses engagements extérieurs.
Pour arriver là, le Liban a connu une accélération de la récession alors qu’il faisait face à la raréfaction des devises qui a alimenté les tensions sur le marché parallèle des changes. Cela a entraîné une inflation record de 173% en octobre 2021, loin d’être sans conséquences sur le modèle économique libanais, fondé sur l’importation (90% des biens de consommation sont importés).
Bien que notre économie soit en manque de carburant et que nous ayons des difficultés pour accéder aux financements extérieurs, l’économie tunisienne reste très diversifiée. A chaque fois, nous sommes sauvés par la surperformance de l’un des secteurs d’activité. L’inflation reste maitrisée. Nous sommes une économie qui produit. Elle ne se base pas exclusivement sur les importations. Cela a permis de garder un niveau relativement confortable des avoirs en devises.

Des réglementations rigides sont parfois bonnes

Reste un point important: les Libanais pouvaient basculer librement de compte en livres à d’autres en dollars. Cela a crée un mouvement qui s’est progressivement intensifié avec la crise. Car pour se prémunir contre la dépréciation de la monnaie nationale, tous les déposants préfèrent les billets verts.
En Tunisie, ce n’est pas le cas. L’accès aux devises est extrêmement restreint. Certes, cela complique la vie des entreprises et des jeunes promoteurs, mais permet de protéger l’économie nationale.
Nous sommes donc dans une situation largement meilleure que les Libanais. Bien que notre économie soit en panne et que notre rating souverain frôle les grades de défaut de paiement.
Nos besoins de financements extérieurs auprès du FMI ne dépassent pas 4 milliards de dollars à obtenir sur plusieurs années. Ce n’est rien par rapport aux 15 milliards que nécessite le Liban.
Toutefois, il ne faut jamais sous-estimer la crise actuelle que traverse la Tunisie. Si nous ne procédons pas aux réformes nécessaires dans les mois à venir, le pays aura de vraies difficultés au bout de quelques années. Le matelas de sécurité permet juste de survivre. Nous n’avons pas le luxe de retarder encore.

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De formation en gestion, il a rejoint l'Université de Reims Champagne-Ardenne en tant que membre d'une équipe de recherche en corporate governance entre 2006 et 2009, tout en enseignant à l'IHEC de Sfax. Il a rejoint après la Compagnie Gestion et Finance en tant qu'analyste financier avant d'occuper le poste de responsable corporate et se spécialiser dans les opérations de haut de bilan. Analyste également chez AlphaMena depuis 2011, il a rejoint l'équipe du premier bureau de recherche financière indépendante en Europe, AlphaValue.

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