FMI : « Non, la Tunisie n’est pas au bord de la faillite financière »

Jérôme Vacher

Dans une interview accordée dimanche à l’AFP, Jérôme Vacher, le représentant du FMI, livre une analyse pertinente sur la situation socio-économique de la Tunisie. Il  rappelle les moyens préconisés par les bailleurs de fonds pour sortir de la crise. Extraits.

Un train peut en cacher un autre. Tout a été dit ce dernier week-end sur les manifestations du 14 janvier au cœur de la capitale. Avec leur lot regrettable de brutalité policière ayant entaché cette date emblématique, désormais source de chiisme entre les Tunisiens. Entre temps, au milieu de ce tumulte médiatique, l’interview accordée ce dimanche 16 janvier par le représentant du FMI en Tunisie, Jérôme Vacher, à l’agence AFP est passée presque inaperçue. Pourtant, elle mérite que l’on s’y arrête, l’homme étant connu pour sa compétence et son franc-parler.

« Besoin de réformes profondes »

En effet, en quête de financements internationaux, les autorités tunisiennes affichent un optimisme prudent quant à la signature d’un accord du FMI avant la fin du premier trimestre 2022. Et ce, en vue d’accorder à la Tunisie les fonds nécessaires à la clôture du budget de l’Etat pour l’année 2022.

Mais, M. Vacher tempère les ardeurs de la partie tunisienne. En assurant que les discussions n’en sont qu’à « un stade préliminaire ». Et que l’institution internationale veut d’abord comprendre quelles sont les intentions du gouvernement Bouden en matière de réformes économiques. Car, « il y a un besoin de réformes très profondes, structurelles, notamment, pour réduire le poids de la fonction publique qui atteint l’un des niveaux les plus élevés au monde ».

Un sombre tableau

A l’heure de dresser le bilan de son action, au terme de son mandat de trois ans, le représentant du FMI sur le départ a cependant tenu à rappeler que la Tunisie a connu à cause de la Covid-19 « sa plus grave récession depuis l’indépendance ». Pourtant, souligne-t-il,  « les maux du pays étaient préexistants. En particulier les déficits budgétaires et une dette publique de près de 100% du PIB fin 2021, qui se sont aggravés ».

Ainsi, il rappelle également qu’après une chute de quasi 9% du PIB en 2020, la croissance est revenue à un peu plus de 3% en 2021, avec autant de prévu pour 2022. Elle reste toutefois « faible et très largement insuffisante » pour « résorber un taux de chômage qui dépasse les 18%, notamment parmi les jeunes diplômés ».

Une masse salariale insupportable

D’autre part, M. Vacher mentionne le « poids important » de la fonction publique (16% du PIB, NDLR). Les salaires des 650 000 fonctionnaires absorbant plus de la moitié des dépenses annuelles de l’État. Sans compter les collectivités locales et les entreprises publiques ».

A cet  égard, la masse salariale de la fonction publique, a-t-il  déploré « est l’une des plus élevées au monde, même comparée à l’Égypte, au Maroc, au Liban ou à la Jordanie. De plus, elle empêche le pays d’augmenter ses dépenses d’avenir, d’investissements, d’éducation et de santé ».

Concernant le casse-tête chinois des subventions publiques, Jérôme Vacher fait observer également que « la rigidité au niveau budgétaire est aggravée par le poids de certaines subventions  étatiques ». Soulignant notamment « le caractère inégalitaire des subventions sur l’essence ». Il préconise à cet égard d’accompagner une refonte du système des subventions (carburants, produits de première nécessité) par des mécanismes de compensation à destination des populations les plus défavorisées.

Enfin, une note optimiste

Selon l’invité de l’AFP, « on ne peut pas dire, comme certains l’assurent, que la Tunisie serait au bord de la faillite financière. Il y a une gestion budgétaire qui se fait et s’adapte à la situation, pas forcément optimale mais gérable ». Par chance, ajoute-t-il, « la Tunisie ne fera pas face à de grosses échéances de remboursement de sa dette à court terme ».

« Une main-d’œuvre qualifiée, un capital humain de très bonne qualité et une localisation géographique favorable, tels sont les  atouts de la Tunisie ». Ainsi conclut le représentant permanent du FMI dont la mission s’achève le mois courant.

Enfin, une note positive.

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