Kaïs Saïed et les « interférences étrangères »

interférences étrangères

L’économie est à genoux. Les caisses sont vides. Le pays est au centre d’interférences étrangères. Il est désormais « un dossier » parmi d’autres sur lesquels on se penche sur la scène internationale. Dans les capitales influentes, Washington et Bruxelles (siège de l’Union européenne), la Tunisie est l’objet de scepticisme, de suspicion même quant au respect de l’Etat de droit, de la séparation des pouvoirs, des droits de l’Homme et autres attributs de la démocratie.

 

Au Congrès américain, on est loin de la « standing ovation » en l’honneur de « la démocratie tunisienne ». Aujourd’hui, la Commission des affaires étrangères au Congrès exige du département d’Etat de lui fournir  « dans un délai de 45 jours » des réponses à ces trois questions :

  1. « L’armée tunisienne a-t-elle soutenu ou participé à la dégradation de la démocratie en Tunisie ? 
  2. Le gouvernement tunisien utilise-t-il ou s’appuie-t-il sur l’armée pour renforcer ses actions autocratiques ?
  3. Le gouvernement prend-il des mesures crédibles pour rétablir l’ordre constitutionnel et la gouvernance démocratique, notamment en respectant la liberté d’expression, d’association et de la presse, ainsi que les droits des partis politiques ? »

Pour cette Commission du Congrès américain, l’aide réservée à la Tunisie et à l’armée tunisienne dépendra donc des réponses à ces trois questions.

« Dans les capitales influentes, Washington et Bruxelles (siège de l’Union européenne), la Tunisie est l’objet de scepticisme »

Mais « le cas tunisien » a été inscrit également le 18 octobre à l’ordre du jour du parlement européen, visiblement très inquiet de « l’automne de la démocratie tunisienne ». Sur les 27 députés qui sont intervenus, 26 ont été très critiques à l’égard de ce qu’ils ont appelé « la dégradation de la démocratie ». Le parlement européen s’est déclaré «  préoccupé par le grave défi auquel est confrontée la transition démocratique en Tunisie ».

Ignorant ou feignant d’ignorer le banditisme, la corruption et la collusion avec le terrorisme qui sévissaient au Palais du Bardo, le parlement européen a appelé Kaïs Saïed « à rétablir les travaux de l’Assemblée des représentants du peuple. » 

Reconnaissant toutefois « la profonde division du système politique actuel qui a empêché la mise en place d’une majorité », les parlementaires européens ont demandé que « toute réforme de ce système se fasse dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, et en particulier de la séparation des pouvoirs, et dans la pleine garantie des libertés fondamentales et des droits de l’homme ».

Le parlement demande aux Etats membres de « mobiliser des ressources pour répondre aux attentes du peuple tunisien, tout en insistant sur le fait que tout soutien financier à la Tunisie doit être accompagné du rétablissement des travaux de l’Assemblée des représentants du peuple et du respect de l’Etat de droit et des droits civils et humains ». 

Kaïs Saïed n’a pas encore réagi à ces interférences  américaines et européennes Les choses étant ce qu’elles sont, le président réagira-t-il encore une fois avec nervosité  et arrogance, comme il l’a fait avec les agences de notation ? Il est parfaitement naturel de s’attacher à sa souveraineté et de la défendre. Mais encore faut-il en avoir les moyens. Il est parfaitement normal de fustiger les interférences étrangères dans nos décisions.  Mais encore faut-il pouvoir subvenir à nos besoins de base sans quémander l’aide étrangère. 

« Le président n’a pas encore réagi à ces interférences  américaines et européennes »

Aussi bien au niveau du fond que de la forme, le président, souvent nerveux, vindicatif, hautain et dédaigneux, nous rappelle le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Mais celui-ci, nonobstant sa fin tragique, avait les moyens d’assurer une rente de 9000 dollars par an à tout Libyen, petit ou grand, vieux ou bébé.  Ce n’est pas notre cas. Nous autres Tunisiens ne savons même pas si l’Etat sera en mesure ou non d’assurer les salaires d’ici à la fin de cette année. Sans parler de l’année prochaine…

La quasi-totalité du peuple tunisien a applaudi les mesures du 25 juillet. Mais c’était dans l’idée que ces mesures sauvent le pays de la catastrophe et non pour en faire un laboratoire pour fantasmagories politiques. « La démocratie de base », « les comités populaires », « le pouvoir aux mains du peuple » et autres incongruités politiciennes ont été appliquées sous d’autres cieux avec les résultats terrifiants que l’on sait. 

« Le président, souvent nerveux, vindicatif, hautain et dédaigneux, nous rappelle le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi »

Ce que le peuple veut de toute urgence, c’est la remise sur pied de l’économie du pays, la fin de la corruption et la généralisation de la bonne gouvernance dans toutes les structures politiques et administratives de l’Etat.

Ce que Kaïs Saïed est tenu de faire, c’est de discuter avec toutes les composantes politiques et sociales du pays, à l’exception des représentants de l’islam politique qui ont mis le pays à genoux, détruit son économie, répandu la corruption et nourri le terrorisme et ce que Kaïs Saïed est tenu de faire aussi, c’est de négocier avec les puissants partenaires de la Tunisie et de prendre en compte leurs critiques et non de leur répondre avec nervosité vindicative sous prétexte qu’ils s’immiscent dans nos affaires intérieures.   

La mise en garde prononcée hier par le secrétaire général de l’UGTT Noureddine Tabboubi doit être impérativement écoutée et intériorisée par le président de la République. Car, si l’Etat s’effondre cette fois, la Tunisie sera la Somalie du nord du Sahara. Ou l’Afghanistan de l’Afrique du Nord.

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