Ahmed El Karm : « Je suis étonné de relever cette insistance du gouvernement à demander à la BCT de financer le budget »

BCT finance - L'Economiste Maghrébin

Figure de proue du monde de la finance en Tunisie, Ahmed El Karm, président du Conseil d’administration de Tunisie Leasing & Factoring, donne, dans une interview accordée à l’Economiste Maghrébin (n°829), une lecture singulière de l’après- 25 juillet 2021 et de la période post-Covid. Extraits.

Que proposez-vous comme alternatives au cofinancement du budget de l’Etat par la Banque centrale de Tunisie (BCT)?

J’estime que la BCT ne peut plus se permettre de financer le budget de l’Etat au-delà d’une certaine limite. Est-il besoin de rappeler que la BCT mobilise actuellement plus de 20% de son bilan pour financer, indirectement, le budget de l’Etat contre seulement 6% en 2010.

Je suis étonné de relever cette insistance du gouvernement à demander à la BCT de financer le budget de l’Etat. Alors qu’il peut faire preuve d’innovation et recourir à d’autres ressources de financement.

Au nombre de celles-ci, figurent le recours aux ressources liquides en abondance sur le marché informel, moyennant des amnisties et des taux d’intérêts rémunérateurs.

Il est également possible d’associer les Tunisiens résidents à l’étranger (TRE), en encourageant le plus grand nombre d’entre eux à ouvrir des comptes en devises ou en dinars convertibles en Tunisie. Et en lançant à leur profit des emprunts en devises à des conditions rémunératrices.

Quel serait le rôle des banques dans la relance souhaitée?

Depuis 2010, l’encours des crédits alloués aux ménages et aux entreprises a augmenté à un taux annuel moyen de plus de 10%. Et ce, de manière permanente, malgré la crise, malgré l’absence de visibilité, et surtout malgré l’instabilité politique.

En dépit de ces problèmes, les banques ont continué à financer les entreprises et les ménages dans des proportions dépassant largement le croît économique.

Concernant le financement des PME, il faut savoir que celles-ci évoluent aujourd’hui dans un environnement très difficile. Elles sont mal financées et ont un accès difficile au financement bancaire. La raison est qu’elles sont mal accompagnées et qu’elles sont incapables de mettre en place la gouvernance qui peut leur assurer une certaine viabilité.

Pour cela, l’Etat doit revoir les structures de l’accompagnement aux PME, en favorisant le développement d’un écosystème privé, capable d’assurer cette tâche. La PME a besoin d’accompagnement pour négocier efficacement avec l’Administration, l’assurance, les banques.

Pour combler cette lacune, il faudrait penser à relancer le projet de la Banque des régions, dont la mission est justement d’accompagner les PME financées. Lorsque cet ensemble de conditions sera réuni, les banques seront en mesure d’assurer une meilleure satisfaction des besoins de la PME en crédits.

Selon vous, qu’est-ce qui aurait dû être fait après le 25 juillet 2021?

De mon point de vue, la première action aurait été de jeter les bases d’un Etat fort et juste. Mettre l’accent sur la lutte contre la corruption, c’est excellent. Mais il faut que cela s’effectue le plus légalement du monde. Il faut appliquer la loi pour que tout se déroule dans un cadre légal et judiciaire sans reproche.

Sur le moyen et long termes, dissuader la corruption exige une réforme profonde de l’Administration et un meilleur intéressement des cadres. Il faut réviser les rémunérations pour attirer et garder les compétences et aller rapidement vers la digitalisation de tous les rapports entre l’Administration et les citoyens.

Il faut également aller de l’avant sur la voie de l’instauration d’un régime présidentiel. Je le disais, depuis 2014: le régime parlementaire excessivement politisé est révolu, partout dans le monde.

Le moment est venu d’expérimenter d’autres systèmes et donner la chance à d’autres expériences de gouvernance, en mesure de mieux garantir l’efficacité économique et sociale.

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