Que faire pour éviter une fièvre à la libanaise?

crise politique notation

Les raisons de la dégradation de la note souveraine par Moody’s sont connues d’avance. Il suffit de lire les derniers rapports et de voir l’état d’avancement de la Tunisie sur le chemin des réformes pour conclure que la baisse de la notation était une évidence.

Le plus important maintenant est comment s’en sortir. Il faut préciser un point: statistiquement parlant, une fois atterri dans la notation classe « C », les chances de s’enfoncer encore sont largement supérieures à celles de rebondir. Il faut prendre les choses au sérieux et mettre en place un plan pour quitter ce territoire le plus rapidement possible.

Certes, il y a effectivement des actions qu’il faut impérativement accomplir pour éviter la déroute et qui sont au nombre de quatre.

Assurer un financement externe

Actuellement, sortir sur les marchés internationaux sans une garantie par une superpuissance financière est impossible. Le financement bilatéral est notre seule chance et il faut activer les canaux diplomatiques pour envoyer un message aux investisseurs privés dans la dette tunisienne.

Maintenant qu’un Gouvernement est en place, le Président de la République devra faire un tour auprès des pays amis pour décrocher de nouvelles ressources. Même des dépôts auprès de la Banque centrale seraient bénéfiques pour calmer les pressions qui pourraient se créer sur le dinar.

Ce qui inquiète les marchés aujourd’hui c’est la perspective de restructurer la dette. Si la Tunisie parvient à clôturer ses besoins de financement pour 2022, et qui sont de l’ordre de 1,5 milliard de dollars selon Moody’s, aucune nouvelle révision à la baisse du rating n’aura lieu. Ce n’est pas une somme astronomique et le jeu est entre les mains du Chef de la diplomatie tunisienne.

Le bon fonctionnement des institutions

Les carences de gouvernance nous ont fait mal encore une fois. L’absence de la Cour Constitutionnelle nous a coûté cher. Cet organe est le garant de la stabilité des institutions et ce que la Président a fait le 25 juillet, indépendamment du sentiment de la majorité des Tunisiens, était inquiétant pour les Américains et les Européens.

Pour nos créanciers, la stabilité à long terme est la clé. Aujourd’hui, personne ne dispose d’idées sur ce qui va se passer la semaine prochaine. Mettre en place un calendrier clair pour les prochaines phases est la première chose à faire afin d’envoyer un message que le pays ne navigue pas à vue. Cela permettra également de réduire les pressions sur Tunis.

Les partis politiques lésés, Ennahdha à leur tête, sont en train de tout faire pour convaincre nos principaux partenaires de la gravité de la situation et les retards dans les prises de décision renforcent la crédibilité de leurs propos.

Traitement du dossier des entreprises publiques

Certes, cette tâche ne peut pas se réaliser du jour au lendemain. Ce dossier est l’héritage de longues décennies de mauvaise gouvernance. L’équipe de Madame Bouden n’a pas de baguette magique pour trouver le remède miracle.

Ce qui inquiète dans ce dossier est la taille des garanties en cours au profit de ces entités et qui pèsent plus de 15% du PIB. Dans les calculs de la dette, ces montants sont intégrés et représentent un passif éventuel très lourd à gérer.

Si le Gouvernement parvient à mettre en place un nouveau cadre de gouvernance pour les entreprises publiques, en les transformant en sociétés anonymes avec des Conseils d’Administration dont la composition respecte les normes, cela sera vu d’un très bon œil par les agences de notation.

La Kasbah pourra également s’attaquer rapidement aux sociétés qui posent le plus de soucis, essentiellement la STEG et les sociétés de transport. Non seulement cela apaisera les tensions sur les finances publiques, mais permettra également de faire taire des mauvaises langues quant à la capacité de l’Etat d’assurer ces services publics sensibles.

Retrouver le chemin de la croissance

L’agence de notation Moody’s s’attend à une croissance de l’ordre de 3,5 % cette année, suivie de 2,5% en 2022. En d’autres termes, nous ne retrouverons pas le PIB de 2019 avant 2023. Pour faire redémarrer une machine bloquée depuis des années, il y a une seule formule: débarrasser l’économie tunisienne de ses goulots d’étranglement.

Le début est facile: promulguer les décrets d’application des dizaines de textes de lois qui attendent depuis des mois. Puis, il faut éliminer toutes sortes d’autorisations pour se lancer dans une activité économique; à l’exception de celles sensibles de point de vue sécurité nationale.

Mais le grand changement ne viendra qu’avec des lois anti-trust. Il faut lutter contre les monopoles de fait, même ceux de l’Etat, et donner la chance aux capitaux privés locaux et étrangers d’investir.

Il faut être conscient que c’est vraiment notre dernière chance. Soit nous la saisissons, soit on va s’enfoncer à la libanaise.

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