Eclairage sur la composition de l’équipe gouvernementale en huit points

Nouveau gouvernement

Après deux mois et demi d’une attente interminable, le nouveau gouvernement de Najla Bouden voit le jour. Lecture de la composition de la nouvelle équipe gouvernementale au vu des difficultés énormes qu’elle doit affronter.

Dieu soit loué! La Tunisie se dote enfin d’un nouveau gouvernement. La nouvelle équipe se compose de 25 ministres et d’une secrétaire d’Etat. L’universitaire Najla Bouden Romdhane la chapeaute. Mais l’équipe jouira de prérogatives considérablement limitées. En revanche, elle s’adosse, jusque là, au soutien sans faille du locataire de Carthage. Puisque, dans la logique du décret présidentiel 2021-117, il s’agit du « gouvernement du Président ». A cet égard, c’est le chef de l’Etat qui nomme le chef du gouvernement ainsi que les ministres. Lesquels sont redevables devant Carthage.

Une fois la liste de l’équipe gouvernementale révélée, nous attendons que les contours de la feuille de route soient dévoilés. Sachant que Mme Bouden se contenait dans son discours d’investiture d’évoquer des objectifs qui font l’unanimité mais qui restent assez vagues. Alors, quels enseignements peut-on tirer de la composition du nouveau gouvernement?

Technocrate, représentation féminine, non partisan

1. Tout d’abord, c’est une équipe de technocrates, non partisane, qui ne s’appuie sur aucune « ceinture », ni « coussin » politique. La preuve? Pour la première fois depuis l’Assemblée nationale constituante tunisienne de 2011, aucun ministre proche du parti islamiste Ennahdha ne figure dans les rangs de ce gouvernement.

2. Ensuite, le nouveau gouvernement provient majoritairement de l’administration tunisienne; à l’instar de l’ENA, le corps de la magistrature et le prétoire. A l’exception du centralien Samir Saïd, le nouveau ministre de l’Economie.

3. Même si la parité totale hommes/femmes n’a pas été respectée à la lettre, la gente féminine représente environ 40% du gouvernement Bouden. Ainsi, huit femmes ministres et une secrétaire d’Etat figurent sur la liste gouvernementale. Notamment Leila Jaffel qui hérite d’un portefeuille régalien et ultra sensible: le ministère de la Justice.

D’ailleurs, notons que cette magistrate de son état, faisait partie des ministres imposés par le président de la République au gouvernement Mechichi. Et ce, au département des Domaines de l’État et des Affaires foncières.

4. En outre, on constate la réhabilitation des « hommes du Président ». Ceux que Hichem Mechichi limogeaient abusivement. A l’instar de Taoufik Charfeddine, un proche parmi les proches et ancien coordinateur de la campagne électorale de Kaïs Saïed à Sousse. Sa nomination intervient au poste stratégique de ministère de l’Intérieur. Ainsi que Othmane Jarandi au ministère des Affaires étrangères. Sans oublier Kamel Degich, au parcours impeccable, reconduit à la tête du ministère de la Jeunesse.

5. Le président confirme également l’officier de la médecine militaire Ali Mrabet qu’il nommait lui-même à la Santé fin juillet. Tout comme Sihem Nemssia aux Finances. A l’Intérieur, Ridha Gharsallaoui, pourtant lui aussi nommé par Saïed, avait été remercié après seulement deux mois d’intérim.

6. Le ministère de l’Economie et de la Planification revient à Samir Saïed, ingénieur, diplômé de l’Ecole centrale de Paris. Il dispose de 30 ans d’expérience dans les banques commerciales, de développement et d’investissement. Il aura la lourde tâche de relancer une économie en loques.

7. La séparation du méga-ministère de l’Économie, des Finances et de l’Appui à l’investissement détenu avant le 25 juillet par Ali Kooli en deux entités. Ainsi, Sihem Boughdiri Nemssia se voit confier le ministère des Finances. Alors que Samir Saïed détiendra les rênes du ministère de l’Economie et de la Planification.

8. La disparition, inexplicable, du ministère des Affaires locales et de l’Environnement. Sera-t-il rattaché au ministère de l’Intérieur?

En attendant les 100 jours qu’on accorde de coutume à un nouveau gouvernement, donnons à Najla Bouden le temps de prendre ses marques et de dresser sereinement son chemin à l’abri de l’ombre pesante d’un président omniprésent.

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