Minuit moins 100 secondes

Doomsday Clock

« Doomsday Clock » (l’Horloge de la fin du monde) est gérée par un groupe d’experts mondiaux qui évalue régulièrement le risque d’anéantissement de l’humanité. Cet anéantissement, à Dieu ne plaise, interviendrait au moment où cette horloge sonnerait minuit pile.

Dans les bons vieux temps où ce risque était assez éloigné de nous, Doomsday Clock affichait minuit moins le quart. Depuis, avec la montée en flèche de l’agressivité de la politique étrangère américaine d’une part, et l’emballement infernal de la machine industrielle mondiale et de la surconsommation de l’énergie fossile d’autre part, les aiguilles de notre horloge ne cessent de se rapprocher fatalement de minuit. Le dernier rapport du groupe d’experts mondiaux annonce l’heure à laquelle l’humanité vit aujourd’hui : minuit moins 100 secondes.

L’humaniste et grand intellectuel américain Noam Chomsky nous informe que « le réglage de Doomsday Clock à 100 secondes avant minuit est basé sur : (1) le réchauffement climatique; (2) la guerre nucléaire; (3) la désinformation, c’est-à-dire, l’effondrement de tout type de discours rationnel. » Il va sans dire que ce troisième facteur rend extrêmement difficile toute tentative de se pencher sérieusement sur les deux premiers.

Terrifiant danger menaçant la vie sur Terre

Le réchauffement climatique est de plus en plus évident. Chaque année, plus que celle qui la précède, nous met en présence de phénomènes climatiques extrêmes. Qui aurait pensé un jour que les températures au Canada, aux Etats-Unis et en Russie se rapprocheraient de 50°C? Qui aurait pensé un jour que des Canadiens perdraient la vie chez eux pour cause de chaleur. Sans parler des incendies qui chaque été ravagent des millions d’hectares de forêts. Sans parler aussi de l’alternance entre sècheresses extrêmes et inondations dévastatrices. Tout cela pour dire que face à ce terrifiant danger qui menace la vie sur Terre, les crises politiques, économiques, sanitaires et sociales qui déchirent la planète semblent d’une futilité attendrissante.

Entre-temps, on s’intéresse plus aux questions de croissance économique et de profits financiers. Les producteurs de pétrole, lourdement frappés par la pandémie de Covid se préparent à accroître leur production quotidienne; en vue d’éponger les pertes de 2020 et des premiers mois de 2021. Mieux encore, ou pire, bien que des milliards d’êtres humains expérimentent concrètement dans leur vie quotidienne les conséquences du réchauffement climatique, il y en a encore parmi les personnes les plus influentes du monde qui nient un tel phénomène. Pensez à l’ancien président républicain Donald Trump.

Du reste, il est loin d’être le seul dans son parti. Selon Noam Chomsky, aux Etats-Unis «  seulement 15% des Républicains pensent que le réchauffement climatique est un problème grave. »

Obama, modernisateur de l’arsenal nucléaire

Le second fléau qui nous rapproche de l’heure fatale de minuit est la perspective de moins en moins irréaliste de la guerre nucléaire. A croire Noam Chomsky, le spectre d’une guerre nucléaire qui anéantirait la vie et la civilisation humaine est plus menaçant aujourd’hui qu’il ne l’était au plus fort de la Guerre froide dans les années 50, 60 et 70 du siècle dernier.

Barack Obama, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2009, a eu largement le temps, pendant ses deux mandats, de mettre en place « un programme de modernisation et de miniaturisation de l’arsenal nucléaire américain ». En lui allouant la somme faramineuse d’un trillion de dollars (oui, vous avez bien lu, 1000 milliards de dollars). A une époque où des milliards d’êtres humains ploient sous la misère et la maladie, le premier président afro-américain répond à l’honneur que lui a fait le Comité Nobel de la Paix par un programme de « modernisation » de l’arsenal nucléaire !!!

Son successeur, Donald Trump, n’a pas arrêté de bomber le torse allant jusqu’à menacer la Corée du nord d’annihilation nucléaire. Car, disait-il à l’attention du dirigeant nord-coréen, « mon bouton est plus gros que le tien »… Sans parler de sa sinophobie qui a motivé les plus importantes décisions de son mandat.

« Folie furieuse »

Son remplaçant à la Maison-Blanche, Joseph Biden, le plus vieux président élu, trouve assez d’énergie en lui non seulement pour continuer l’approche conflictuelle de son prédécesseur avec la Chine; mais d’y ajouter sa propre approche conflictuelle avec la Russie.

Lors de la tenue du dernier sommet de l’OTAN le mois dernier à Bruxelles, Biden a affirmé que la structure militaire de l’Alliance atlantique devrait se préparer à deux guerres contre la Chine et la Russie. Un grave développement qualifié par Chomsky de « folie furieuse ».

Depuis son entrée à la Maison-Blanche, Joseph Biden préfère la provocation plutôt que la diplomatie dans sa gestion des relations sino-américaines et sino-russes. Ses dernières provocations concernent l’envoi concomitant d’un bâtiment naval sillonner la mer de Chine et d’une flotte F-16 en Bulgarie, en préparation de manœuvres atlantistes en Mer noire.

C’est en prenant en compte les derniers développements dramatiques en relation avec le réchauffement climatique d’une part; et les dernières provocations américaines contre la Chine et la Russie, pays détenteurs de milliers d’ogives nucléaires, d’autre part; que les analystes de Doomsday Clock, dans leur gestion de l’horloge de la fin du monde, ont décidé de concentrer désormais leur attention sur les mouvements de l’aiguille des secondes plutôt que sur celle des minutes.

Minuit moins 100 secondes. Il ne reste plus beaucoup de temps pour renverser la tendance et arrêter la course de l’humanité vers l’autodestruction.

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