À l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, Le Collier Kolovrat / القلادة الروسية (Éditions Miskiliani), et de sa première séance de dédicace le 1er mai 2026 à la Foire internationale du livre, le romancier Mohamed Aïssa Meddeb revient sur son ambitieux projet littéraire. À travers ce nouveau récit, l’écrivain explore l’exil des Russes blancs en Tunisie au début du XXe siècle, poursuivant ainsi un travail de mémoire essentiel sur les minorités et les réfugiés qui ont façonné l’identité plurielle du pays.
Interrogé par L’Économiste Maghrébin sur la genèse de cette œuvre, Mohamed Aïssa Meddeb explique que Le Collier Kolovrat s’inscrit dans un cycle romanesque global. Ce projet, amorcé avec ses précédents titres, est dédié aux communautés et aux exilés ayant trouvé refuge en Tunisie au gré des grands conflits mondiaux. L’écrivain rappelle que l’histoire tunisienne est tissée de ces flux migratoires : des 120 000 Italiens établis à Hammam-Lif, La Goulette ou dans le Cap Bon, aux 4 000 Espagnols fuyant la guerre civile — un épisode qu’il avait déjà documenté dans son roman Bottes espagnoles.
L’exode méconnu des Russes blancs
Avec ce nouvel opus, l’auteur met en lumière l’arrivée de près de 6 000 Russes en Tunisie vers 1920. Selon lui, l’historiographie officielle a souvent occulté les détails de ces tragédies humaines. À travers le personnage d’Ouliana Nevski, une fillette de huit ans, le romancier dépeint une quête qui dépasse le simple objet matériel. La recherche de ce collier est, en réalité, une quête d’identité et de mémoire, reflétant les épreuves endurées par les partisans du tsar Nicolas II après la défaite de l’Armée blanche face aux Bolcheviks.
Mohamed Aïssa Meddeb précise que cette vague migratoire ne s’est pas cantonnée à la Tunisie, mais a également essaimé en Algérie et à travers l’Europe. Ce contingent hétéroclite rassemblait des officiers de haut rang, des citoyens ordinaires, des femmes, des enfants et des vieillards, tous unis par leur déracinement.
L’auteur du Collier Kolovrat se fait le chantre d’une Tunisie « mosaïque ». Il soutient avec conviction que son œuvre rend hommage à une terre qui, même sous le Protectorat français, a su devenir un havre pour les opprimés. Pour lui, ces populations ont vu leurs destins s’entrelacer avec l’identité nationale. Il souligne que les Russes ont apporté avec eux leurs coutumes, leurs traditions et leur sensibilité culturelle, autant d’éléments que le lecteur est invité à découvrir au fil des pages.
Le roman comme outil de réparation historique
Enfin, Mohamed Aïssa Meddeb invite les lecteurs tunisiens et arabes à se réapproprier ce pan méconnu de leur passé. Il considère que le roman moderne a pour mission de combler les vides laissés par une Histoire qui a tendance à invisibiliser certaines minorités. Qu’il s’agisse des Russes, des Espagnols, des Serbes ou des Palestiniens arrivés en 1982, l’écrivain estime que la fiction permet de restaurer une mémoire défaillante.
Il conclut en affirmant que ces récits font l’honneur de la Tunisie. Pour Mohamed Aïssa Meddeb, l’identité tunisienne n’est pas monolithique : elle est une construction plurielle, enrichie par des décennies de partage entre cultures et communautés diverses.