Kaïs Saïed ou l’incontrôlable appétit de pouvoir

Kaïs Saïed

Lors de la commémoration du 65ème anniversaire des forces de l’intérieur, Kaïs Saïed, le président de la République, a tenu à rappeler haut et fort que selon la Constitution, il est « le chef des forces armées militaires et civiles, sans distinction aucune ». Une manière de prendre le dessus sur ses adversaires politiques.

Le président de la République Kaïs Saïed désire-t-il en son fort intérieur la mise en place de la Cour institutionnelle? De prime abord, la question semble saugrenue. Mais dans les faits, et en l’absence de cette institution, il est le seul maître à bord. Puisqu’il peut interpréter la Constitution à sa guise; quitte à la remodeler suivant son intérêt. Ce qui représente une arme redoutable entre ses mains dans la lutte à mort qui l’oppose à ses adversaires politiques.

Bataille de prérogatives

En effet, le chef de l’Etat se sent visiblement à l’étroit dans son costume de président. Avec le peu de prérogatives que lui délimite la Constitution hybride promulguée en 2014. Alors que l’essentiel du pouvoir est attribué à l’Exécutif et plus encore au Parlement.

Or, tout semble indiquer que depuis sa visite triomphale au Caire et sa rencontre avec l’homme fort de l’Egypte- ennemi juré de la confrérie des Frères musulmans- le Président se sent prêt à en découdre avec ses rivaux politiques. Notamment avec Rached Ghannouchi, le président de l’ARP et son allié, le chef du gouvernement Hichem Mechichi.

Kaïs Saïed: la Constitution, rien que la Constitution

S’agit-il d’une nouvelle tactique ou plutôt d’un coup de poker menteur? En présence de ces deux hommes aux mines affligées, le Président affiche clairement ses intentions. Ainsi, il veut détenir entre ses mains tous les leviers de l’Etat. Et ce, en cumulant le commandement suprême de toutes les forces armées et pas seulement des forces militaires!

A cet égard, Kaïs Saïed a affirmé avec force que seul le président de la République, en tant que chef suprême des forces armées militaires et sécuritaires, est « habilité à procéder aux nominations et aux limogeages. Quand il s’agit des hauts postes militaires, diplomatiques ou sécuritaires; et ce après consultation du chef du gouvernement ». De ce fait, la loi liée à la nomination aux hauts postes de l’Etat mise en place en 2015 est « anticonstitutionnelle ». Il s’exprimait lors d’un cours magistral prononcé hier dimanche 18 avril 2021. Et ce, à l’occasion de la célébration du 65ème anniversaire des forces de l’intérieur.

Et comme c’est le texte de la constitution qui prime sur tous les autres textes de loi. Et comme, selon les dispositions de la Constitution, les forces armées quelle que soit leur nature sont sous le contrôle du président. Alors, « cette loi est, de ce fait caduque ». Ainsi argumentait encore le chef de l’Etat.

Et de conclure: « Selon la Constitution, le président de la République est le chef des forces armées militaires et civiles, sans distinction aucune. »

Réaction outragée de Mechichi

A noter que dans la même soirée du dimanche, le chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur par intérim, Hichem Mechichi fut prompt à réagir aux déclarations du chef de l’Etat. En effet, il déclarait: « Les propos du président de la République sont hors contexte. En cette fête des forces sécuritaires, les circonstances ne s’apprêtent nullement aux lectures individuelles et inhabituelles de la Constitution. » C’est ce qu’il estimait, dans une intervention sur les ondes de Mosaïque FM.

« Les propos de Kaïs Saïed selon lesquels il serait le commandant suprême de toutes les forces armées- militaires et sécuritaires confondus– renvoient  à la nécessité et la priorité absolue de mettre en place la Cour Constitutionnelle; unique structure habilitée à trancher sur ce genre de questions ». Ainsi modérait-il sa réaction, à la limite de l’insolence envers le Président. Sous l’effet de la colère, pas toujours bonne conseillère.

Reste une question somme toute légitime: le cumul de tant de  leviers entre les mains d’une seule personne ne préfigure-t-il pas d’un possible retour à l’ancien régime? C’est en tout cas un argument-massue que les détracteurs du Président ne manqueront pas de faire prévaloir.

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