Affaire de l’agence TAP : un mal être tunisien

nominations politiques
Rassemblement de protestation devant la TAP le 15 avril 2021

Ce qui se passe à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) n’est pas un fait spécifique à celle-ci. Il est symptomatique d’une réalité bien tunisienne. Faite, entre autres, de l’absence de réforme globale de nos institutions qui prenne en charge les modes de gouvernance.

Tout a été dit ou presque au sujet ce qui peut être convenu d’appeler l’affaire de la TAP. Un aspect extrêmement important devait cependant être plus mis en évidence. Un aspect qui saute aux yeux. Et qui fait que l’affaire n’exprime pas des faits nouveaux.

En clair, l’affaire est sur le fond symptomatique –et au-delà des faits et gestes des uns et des autres- d’un mal être de nombreuses entreprises publiques tunisiennes. Un mal être qui se résume en deux points principaux.

Le premier point concerne l’instabilité au niveau de nos institutions. Qu’il s’agisse de l’agence TAP ou de toute autre institution, celle-ci est bien apparente. Entre 2011 et aujourd’hui, l’agence TAP aura connu pas moins de sept PDG. Une moyenne d’un an et cinq mois par PDG. Certains ont été nommés pour une période bien moins longue.

« Entre 2011 et aujourd’hui, l’agence TAP aura connu pas moins de sept PDG… »

Une réalité qui ne peut qu’engendrer des inconvénients. Un haut responsable peut-il travailler sur des objectifs et les mettre en pratique en si peu de temps, fut-il un employé de l’entreprise qu’il a été appelé à diriger ? N’a-t-il pas besoin de plus de temps pour bien réfléchir des décisions, pour les programmer, les exécuter et les évaluer. Avec évidemment la nécessité souvent de rectifier des tirs. L’accumulation n’est-elle pas souvent une des clés du succès ?

Dans le même ordre d’idées, il faudra trouver un moyen de ne faire partir un haut responsable que sur la base d’un ensemble de critères pour légitimer ce remplacement. D’où la nécessité de mettre en place des critères d’évaluation objectifs et rigoureux et faisant une réelle unanimité et conduit par un comité fait de personnes compétentes et bénéficiant d’un minimum d’honnêteté intellectuelle.

On se demande quelquefois d’ailleurs pourquoi opère-t-on des changements à la tête de nos institutions si ce n’est pour sacrifier jusqu’à la loi du « ôte-toi de là que je m’y mette » ?

Un comité de sélection

Le rôle du Conseil d’administration est, à ce niveau, crucial. Un Conseil dont les membres ne sont pas aux ordres de leur tutelle, mais qui servent avant tout l’entreprise et savent élever la voix pour faire valoir des principes et des règles de fonctionnement.

Le second point ? L’absence d’une réforme globale -­et non partielle de l’Agence- qui devait fonctionner différemment dans l’ère démocratique qui a suivi la révolution de 2011. À commencer pour ce qui est de la nomination du premier dirigeant de cette agence de presse.

Il ne s’agit pas, ici, d’élucubrations. Mais de faits réels. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le mode de fonctionnement d’agences de presse comme l’Agence France Presse (AFP) pour observer que nous n’avons pas réellement avancé sur le terrain de la gouvernance (voir le lien suivant : https://www.afp.com/fr/au-fil-de-lafp/procedure-de-designation-du-pdg-de-lagence-france-presse).

Le choix du premier responsable n’est pas le fait à l’AFP d’une décision politique. Mais est opéré par un comité de sélection. Ce comité est composé de sept membres. Ils représentent l’ensemble des collèges du Conseil d’administration (entreprises de presse, audiovisuel public, représentants de l’État, représentants des personnels de l’Agence et personnalités qualifiées) qui  » auditionne » des candidats à cette fonction sur leur projet et leur parcours et savoir-faire.

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