La normalisation avec Israël et les motivations des uns et des autres

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Le monde est en crise. Tous les pays, sans exception, sont en crise. Il est connu que les temps de crise sont propices au développement des nationalismes, des égoïsmes, des chauvinismes, des populismes et autres « ismes ». Et la normalisation ne fait pas l’exception.

Car, dans le monde arabe, la course vers la normalisation avec Israël est l’un des indices de la montée des égoïsmes nationaux. Et aussi de l’affaiblissement de la solidarité avec la cause palestinienne.

Certes, la diplomatie américaine, très active ces derniers temps, y est pour quelque chose. Mais, pour les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, les principales motivations ont trait aux calculs économiques, politiques et stratégiques. Lesquels sont dictés par ce que chaque pays appelle son « intérêt national supérieur ».

Intérêts nationaux vs normalisation

D’ailleurs, les défenseurs de la normalisation, notamment dans les pays du Golfe, n’y vont pas de main morte. Pour eux, les Palestiniens « ont normalisé avec l’occupation israélienne depuis 1993 » (Accords d’Oslo). Par conséquent « ils n’ont pas le droit de s’en prendre à ceux qui normalisent aujourd’hui avec Israël. »

En effet, il faut dire que les Palestiniens eux-mêmes n’ont pas beaucoup aidé leur cause. Etant divisés depuis 2007 entre deux entités politiques ennemies à Ramallah et à Gaza, ils assument une grande responsabilité. Et ce dans le désintérêt grandissant que manifestent plusieurs pays, y compris dans le monde arabe, vis-à-vis de la cause palestinienne. Sans parler du fait qu’en plus d’un demi-siècle, de 1967 à ce jour, seulement deux intifadas d’envergure (1987 et 2000) ont été déclenchées. Et l’on sait que le monde ne s’est jamais vraiment intéressé à la cause palestinienne que pendant ces deux intifadas…

Mais quoiqu’il en soit, il est tout de même surprenant qu’en quelques semaines, quatre pays arabes ont normalisé avec Israël. Et d’autres, selon la diplomatie américaine, « font la queue » pour le faire.

Toutefois, aux yeux d’Israël, le Maroc est incontestablement le plus important pays à normaliser ses relations; après l’Egypte en 1979 et la Jordanie en 1994. Mais cette normalisation ne remplit pas de joie seulement Trump et Netanyahu. Puisque, si des franges plus ou moins importantes de la population marocaine ressentent plutôt de la tristesse, ce n’est pas le cas des dirigeants.

Retombées positives

Ceux-ci, et à leur tête le roi Mohammed VI, ont de solides raisons d’être contents et satisfaits de cette normalisation. Car, elle aura sans doute des retombées très positives sur le double plan stratégique et économique.

Prenons d’abord le plan stratégique. La cause centrale du Maroc depuis 1975 jusqu’à ce jour est sans doute le Sahara occidental. La normalisation avec Israël permet une importante percée dans ce dossier compliqué. La plus grande puissance du monde reconnait non seulement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, mais se propose d’y ouvrir un consulat.

D’autre part, la normalisation, semble-t-il, va accélérer la conclusion d’un gros contrat d’armement d’une valeur d’un milliard de dollars. Il s’agit d’avions de combat, de drones et de missiles que les autorités marocaines jugent nécessaire d’acheter auprès des Etats-Unis. Normal. Tout pays protège ce qu’il considère comme ses intérêts et ses acquis comme il peut.

Sur le plan économique, les perspectives sont alléchantes. En rétablissant les liaisons aériennes avec Israël, le Maroc offre au million de juifs d’origine Marocaine et à leurs descendants les moyens de rendre visite à leur pays d’origine. Il offre surtout un vrai ballon d’oxygène au secteur touristique marocain en crise.

Que de temps et d’énergies perdues

Washington ne s’est pas contenté de reconnaitre la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Selon le New York Times, un haut responsable de la Maison Blanche a confirmé le jeudi 10 décembre l’intention des Etats-Unis d’investir au Maroc. Et ce, à travers leurs agences spécialisées, un investissement de trois milliards de dollars dans les secteurs des banques, de l’hôtellerie et des énergies renouvelables.

Cependant, le haut responsable américain a nié que cet investissement soit lié à la normalisation avec Israël. Soit. Mais il n’est pas sûr que cet investissement serait maintenu si le Maroc avait refusé la normalisation.

Toujours selon le New York Times, l’activisme diplomatique américain visant à convaincre le Maroc de normaliser ses relations avec Israël commençait en 2017. Et c’est, semble-t-il, depuis cette année que Washington faisait miroiter l’appât de la reconnaissance américaine de la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental; en contrepartie de la normalisation avec Israël.

En outre, citant deux responsables marocains sans les nommer, le journal américain affirme que durant ces années, « le roi Mohammed VI était extrêmement hésitant à franchir le pas. »

Compte tenu de l’extrême sensibilité du sujet et redoutant de possibles réactions de la rue marocaine, le roi avait bien raison d’hésiter. Il a sans doute été encouragé à franchir le pas par l’incroyable indifférence populaire dans les trois pays qui ont normalisé avant le Maroc.

Pas de réaction de la population marocaine, mais une réaction virulente du frère ennemi algérien. Les relations algéro-marocaines étant constamment et suffisamment tendues, il est peu probable que la normalisation entre le Maroc et Israël puisse les tendre encore plus. Le plus important, ce ne sont pas les déclarations, aussi virulentes soient-elles Mais ce qui se passe sur le terrain du Sahara occidental.

Le Sahara occidental au cœur des enjeux

Cela va faire près d’un demi-siècle que le problème du Sahara bloque toute initiative de construction maghrébine. Depuis 1975, l’Algérie maintient une position constante viscéralement anti-marocaine. Que de temps et d’énergies perdues pour le soutien de la « cause sahraouie »! Que d’obstination à vouloir bâtir un Etat pour quelques milliers de réfugiés sur quelques arpents de désert!

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