De quelle République on parle ?

République

S’il est un mot pour définir aujourd’hui le pays, au-delà de l’ingratitude qui remonte aux temps immémoriaux, c’est à n’en pas douter le déni.

Le pays va à la dérive. Il peut basculer à tout moment dans l’anarchie et le chaos sans que le microcosme politique ne s’en alarme ni ne s’en émeut. Et bien évidemment n’assume les responsabilités qui sont les siennes. Le pays est menacé d’éclatement et l’on continue comme si de rien n’était à épiloguer sur la République impériale et sur un avenir qui n’en est pas un.

Mais de quelle République parle-t-on ? Celle des insurgés d’El Kamour, des révoltés de Gabès qui bloquent à leur tour l’accès de la zone industrielle ? Celle des indignés qui ne sont pas loin d’élever des barricades ? La contestation gagne l’ensemble des régions. Elle se répand comme une traînée de poudre à la vitesse de la propagation de la pandémie.

« Le pays est menacé d’éclatement et l’on continue comme si de rien n’était à épiloguer sur la République impériale et sur un avenir qui n’en est pas un »

De quelle République parle-t-on ? Celle des juges censés dire le droit mais qui s’en éloignent en décrétant une grève sauvage de 5 jours, sans aucun préavis ? Celle des avocats qui défient l’Etat et qui n’ont cure de leurs obligations fiscales ? Celle des enseignants qui prennent en otage l’avenir des jeunes écoliers et lycéens pour préserver leurs privilèges, plus déterminés et plus prompts qu’ils  sont à faire davantage la leçon aux dirigeants qu’aux élèves ? Celle des travailleurs des chantiers qui exercent sans exercer et qui existent sans exister ? Ou celle des diplômés chômeurs longue durée qui ont perdu au-delà de leurs illusions jusqu’à la notion d’emploi à force d’attendre et d’espérer ?

On comprend que l’exclusion et la marginalisation raniment chez eux la flamme de l’explosion.

République dites-vous ? Celle des blouses blanches, vaillants guerriers sans armes, envoyés au front au péril de leur vie. Jusqu’à quand et jusqu’où leur foi et leur dévotion pourront-elles éviter l’effondrement de notre frêle infrastructure hospitalière ?

De quelle République on parle ? Celle de dirigeants unis dans le déni, qui n’osent pas se regarder dans le miroir pour ne pas y voir leur propre impuissance et leurs échecs répétés ? Pour fuir une réalité qui finira par nous exploser à la figure.

Le pays s’enfonce dans un processus de déconstruction. L’économie se disloque à l’image des institutions de l’Etat. Sous le rouleau compresseur du déferlement de revendications catégorielles au-delà même de ce qui est tolérable. C’est à celui qui crie, s’insurge, affiche le plus sa capacité de nuisance, qui finit par faire plier les autorités et se nourrir sur la bête. Un triomphe en trompe-l’œil qui mène vers un naufrage collectif.

La tyrannie des minorités et la dictature de l’urgence

Les régions, villes, villages et jusqu’aux quartiers s’érigent en Etat dans l’Etat, suivis en cela par un étalage de corporatisme, véritable gangrène des valeurs républicaines. Le gouvernement, qui est l’incarnation de l’Etat, subit à la fois la tyrannie des minorités, la dictature de l’urgence. Et pour finir, l’hypocrisie et l’opportunisme des acteurs politiques et sociaux.

Les partis politiques incrustés au cœur du pouvoir et ceux qui y gravitent tout autour ces dix dernières années ont failli. Ils ont perdu la foi et n’ont plus de morale. Et sont passés maîtres dans l’art de la trahison.

L’UGTT, pour sa part, vogue sur sa propre orbite à des années-lumière des impératifs de compétitivité. Gardienne des libertés et de l’indépendance nationale, elle n’est plus en capacité de désavouer grèves sauvages et débordements illégaux. Sans vouloir la mettre en cause, sa direction a moins d’ascendant sur ses fédérations. Elle ne maîtrise plus sa base qui imprime le mouvement dont elle feint d’en être l’auteur pour exister.

« Les partis politiques incrustés au cœur du pouvoir et ceux qui y gravitent tout autour ces dix dernières années ont failli »

Tous les problèmes du pays se résument dans la difficulté de faire voter la Loi de Finances rectificative et peut-être même le Projet de Loi de Finances 2021. Les besoins de financement dépassent toutes les bornes. Le recours à l’emprunt extérieur est difficile et coûteux. Il excède les possibilités de financement du secteur bancaire local. La BCT ne fait pas mystère de sa désapprobation. Elle fixe les limites de son intervention très en deçà de la ligne de démarcation gouvernementale.

Le constat est amer. Le cumul de laxisme sur l’ensemble de la décennie provoque à la fin un véritable tsunami dans les finances publiques. L’économie nationale n’a jamais été aussi proche de l’effondrement.

C’est alors que l’UGTT endosse de nouveau l’habit de l’acteur providentiel pour sauver le pays en rééditant l’exploit du quartet de 2013. Elle propose la tenue d’une conférence nationale dont elle serait le maître d’oeuvre. Elle regrouperait société civile et partis politiques attachés au respect de l’Etat de droit et respectueux des droits civiques. Vaste programme. Et à supposer qu’elle y parvienne, comment calmer l’ardeur et l’impatience des jeunes sans emploi qui veulent tout et tout de suite ?

Un dialogue national de cette nature est forcément utile. Il n’est jamais de trop surtout en l’absence du défunt Conseil économique et social, véritable boîte à idées et à outils.

La question n’est pas de tracer des plans sur la comète, mais de donner une perspective, de convaincre les jeunes lassés de promesses non tenues, de faire tomber la température, régner le calme en restaurant la crédibilité et l’autorité de l’Etat de droit qui ne peut tout donner ni tout faire  dans l’immédiat.Le choix des priorités importe autant que le reste.

Les premiers résultats décideront du sort des régions, du pays tout autant que de celui du gouvernement. Celui-ci pour réussir doit compter sur l’appui sans réserve des participants au dialogue national. S’ils n’y consentent autant faire l’économie d’un spectacle qui n’intéresse plus grand monde.

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