Climat: l’industrie du textile en Tunisie se prépare à une inévitable transition écologique

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L’industrie du textile et de l’habillement est un secteur stratégique pour l’économie tunisienne. En effet, c’est la première industrie manufacturière. Et ce, en termes d’exportations, d’emploi et de valeur ajoutée.

Cependant, l’industrie du textile et de l’habillement en Tunisie exerce une forte pression sur l’environnement et le climat. En raison de quantités importantes de rejets de fluides industriels déversés souvent dans la nature. Polluant ainsi les cours d’eau, le milieu marin et le sol. En particulier dans des régions côtières telles que Monastir; où sont concentrées les usines textiles.

En outre, cette pression s’exerce surtout sur les ressources hydriques. Dans un pays classé en dessous du seuil de pauvreté en eau, selon les critères de sécurité hydrique des Nations unies. Et compte tenu de la diminution des précipitations de 28% au cours des deux dernières décennies. Et ce, sous l’effet des changements climatiques.

Quid de la pollution par le secteur textile?

Déjà en mai 2019, une étude du Forum des droits économiques et sociaux (FTDS) accusait les textiliens d’être derrière la grave pollution; mais aussi la dégradation de l’environnement du milieu récepteur dans les oueds et la mer. En particulier au niveau de la baie de Monastir, de l’Oued Hamdoun et dela Sebkha de Moknine.

Car, « l’utilisation d’eaux souterraines non contrôlées et d’eau potable dans le processus de délavage du « jean » par la dizaine d’entreprises de la région requiert 550 000 mètres cubes d’eau par an. Ce qui illustre encore l’exploitation excessive de l’eau dans cette région où les coupures d’eau sont fréquentes; aussi bien pour la consommation des ménages que pour l’irrigation ». Tel est le constat qu’établissait la même étude.

De plus, 74% des entreprises industrielles en Tunisie rejettent leurs eaux usées sans se conformer aux normes tunisiennes. Et ce, en raison de l’application limitée des lois et normes contre les industries polluantes. C’est ce que communiquent aussi des données recueillies par la Cour des Comptes, citées par le FTDS.

Un programme régional pour une transformation écologique inévitable

Toutefois, cette réalité pourrait changer. Car, depuis 2015, l’industrie du textile et de l’habillement en Tunisie tente de s’adapter. Et ce, à une nouvelle conjoncture mondiale où les normes de qualité environnementale sont de plus en plus exigées. Cette adaptation débutait dans le cadre d’un programme régional « Switchmad ». Ainsi que de sa filiale orientée vers le secteur textile en Tunisie, au Maroc et en Egypte « Med Test 1, 2 et 3 ».

En effet, l’objectif de ce programme est d’aider le plus grand nombre d’entreprises actives dans le secteur, 100 entreprises au départ. Et ce, à adopter le recyclage et la gestion des déchets textiles et vestimentaires, postindustriels et de pré-consommation. Mais aussi à éliminer les produits chimiques éventuellement toxiques.

Et, partant, créer des chaînes de valeur plus circulaires et développées. Sachant que c’est l’Union européenne qui finance ce programme. Et qu’il est mis en œuvre en coopération avec le Programme des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).

Pourquoi revaloriser les déchets?

Par conséquent, « l’idée derrière ce projet, qui se poursuivra dans sa première phase jusqu’en 2023, est de faire de la valorisation et du recyclage des déchets textiles une solution commercialement viable. Réalisant ainsi un profit économique et une limitation des impacts du secteur sur l’environnement; ainsi que la création d’emplois ». Comme l’assure le représentant du PNUD et coordinateur du programme « Switchmad » en Tunisie et au Maroc, Antonio Tremarchi.

Cela nécessite, à son avis, l’établissement de relations commerciales appropriées entre les différents acteurs de la chaîne de valeur textile.

A cet égard, le programme des Nations unies envisage de coopérer avec de grands groupes et marques de vêtements. Tels que: « Benetton Group, Inditex Group, Hallotex, PVH Corporation and Nudie Jeans ». Pour atteindre leurs chaînes d’approvisionnement dans la région (Tunisie, Maroc et Egypte avec le Portugal). Mais aussi  inciter les entreprises situées le long de ces chaînes à initier la fourniture de déchets postindustriels et de pré-consommation aux chaînes de valeur.  »
D’ailleurs, de nombreuses entreprises tunisiennes ou exportatrices en Tunisie se sont engagées dans une démarche de production durable. Et ce, dans le cadre du programme précité.

A titre d’exemple, l’une des grandes entreprises textiles tunisiennes, SITEX, a pu réduire, en 2019, le pourcentage de ses émissions de dioxyde de carbone de 17%. En parvenant à réaliser: une économie de l’eau de 34%; une économie d’énergie de 14%; et 3,2% d’économie de matières premières.

De même, d’une autre société, New AMICO, active dans le lavage, la teinture et le traitement de produits textiles entièrement exportés vers l’Europe. Elle réduisait ses émissions de dioxyde de carbone de 27%. Et réalisait une économie en eau et en énergie équivalente à un investissement annuel de plus de 366 milliers d’euros.

Idem pour la société NOEL, qui opère dans le secteur du cuir et de la teinture. Elle réalisait, en 2019, une réduction de ses émissions de CO2 de 33,5%; ainsi qu’une économie d’eaux usées de 20% et d’énergie de 34%.

Des flux de déchets textiles tractables pour créer une économie circulaire

L’expert, Mehdi Dhraief, chargé du programme «Switchmad» et «Med Test 3» en Tunisie, a indiqué à la TAP, qu’une « idée de lancer une application en ligne en Tunisie est à l’étude actuellement. Elle permettra une traçabilité des déchets textiles depuis leur sortie des usines, via les collecteurs, jusqu’aux destinataires ».

Le fait d’informer l’Agence nationale de gestion des déchets (ANGED) des quantités réelles, de leurs collecteurs et leurs récepteurs, facilite beaucoup, à son avis, le processus de contrôle et à empêcher l’élimination irresponsable (incinération à ciel ouvert des déchets) ou leur dépôt dans les décharges. « Cela permet aussi de les récupérer et de les valoriser au lieu de gaspiller cette ressource ».

Que nécessite la réussite d’une économie circulaire ?

L’expert estime que la solution pour réussir une démarche d’économie circulaire dans le secteur textile réside dans le fait d’organiser les circuits de recyclage.

« Il faut que la filière des recycleurs s’organise. On ne peut pas valoriser un flux de déchets non traçable. Il faut le cerner, évaluer les quantités et coordonner après. Ceci permettra de créer des opportunités d’exportation et d’emploi et en même temps préserver l’environnement », affirme-t-il.

Et d’enchaîner: « Les stocks de matières premières en Tunisie ou dans d’autres pays ne sont pas éternels. Et les cultures de coton, d’eau et d’énergie ne peuvent pas répondre durablement à la demande mondiale. »

D’autre part, nous devons investir dans les déchets textiles et les valoriser pour réduire la pollution et réduire la pression sur les matières premières, l’énergie et l’eau. Ainsi, on s’engagera dans la voie du développement durable imposée par la difficile conjoncture économique et les nouvelles tendances de consommation à l’échelle mondiale.

Enfin, du côté de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), Rim Jelassi, coordinatrice générale estime que les entreprises du secteur vont s’engager progressivement dans le programme « Med Test ». Cela leur permettra de bénéficier de l’échange d’expertises et du transfert technologique et emprunter la voie du développement durable et écologique.
« Car, cela profitera à tous, assurera une transition écologique et réalisera des coûts économiques à moyen et à long terme. Cela permet aussi d’assurer la pérennité des entreprises. De même que de créer des partenariats solides et des chaînes de valeur rentables à l’échelle locale, régionale et internationale », conclut-elle.

Avec TAP

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