Elyes Fakhfakh : « Plus d’endettement extérieur, nous comptons sur nous-mêmes »

Elyes Fakhfakh - l'économiste maghrebin

Le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh s’est engagé hier dimanche à mettre fin à l’endettement extérieur. Tout en évoquant l’éventualité d’une baisse des salaires et des pensions. On nous parle enfin le langage de la vérité, même si elle est amère.

« Cela ne peut plus durer, j’ai décidé de mettre un terme à l’endettement extérieur et ne plus compter que sur nos propres ressources ». C’est en homme d’Etat que le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, s’adressait aux Tunisiens pour leur parler le langage de la vérité. Et ce, lors d’une longue interview accordée hier dimanche 14 juin à Mosaïque FM et Attassia TV.

Et s’il a brossé un tableau sombre de la situation économique du pays et de la précarité de la finance publique. C’est pour créer une onde de choc porteuse, in fine, d’une lueur d’espoir. A condition, a-t-il à maintes reprises martelé, d’avoir le courage de procéder à des réformes économiques. Certes douloureuses, mais nécessaires pour la survie de notre économie agonisante.

Après avoir traité plusieurs sujets d’ordre politique et social, le chef du gouvernement s’est focalisé notamment sur le volet économique, source de tous nos maux.

Plus d’endettement extérieur

Ainsi, il a tenu à préciser que la dette extérieure s’élève actuellement à 60% du PIB. Alors qu’elle n’était que de 30% en 2013. Ce qui constitue « un danger pour la souveraineté du pays. Mon gouvernement fera en sorte de ne pas dépasser, en aucun cas, le seuil actuel de 60% », a-t-il solennellement promis.

« Je suis contre l’endettement extérieur, a souligné le chef du gouvernement. Et il n’est plus question d’en rajouter. Le pays est endetté à hauteur de 60%. Il est hypothéqué à l’étranger. Et sa cotation sur les marchés financiers est des plus faibles. Il faut désormais compter sur nos propres ressources. L’argent de l’épargne qui dort dans les banques doit servir à l’investissement et à la consommation ».

Puis, interrogé sur le coût du confinement total, l’interviewé a reconnu qu’il est aujourd’hui difficile de l’estimer: « 550 millions de dinars ont été dépensés par l’Etat. Mais nous sommes encore en train de soutenir les entreprises. La récession sera de –4.3%. Et il est probable que cela s’aggrave car la croissance ralentit aussi dans les pays avec lesquels nous traitons ».

Pas d’augmentations salariales

Face à la récession estimée à 4.3%, au ralentissement de la croissance, aux entreprises publiques qui croulent sous les dettes, M. Fakhfakh croit dur comme fer qu’il est temps de « stopper l’hémorragie ». Afin d’éviter la réduction des salaires de la fonction publique et sauver les caisses sociales qui risquent de ne plus pouvoir verser les pensions de retraite.

Conséquence: dans ce contexte de marasme économique, il n’est pas possible de parler d’augmentations salariales.

Vers une baisse des salaires et des pensions?

A ce propos, Elyes Fkahkh a indiqué avoir ouvertement informé l’UGTT sur « la précarité de la situation de la finance publique ». Précisant avoir mis en garde la centrale syndicale contre l’hémorragie dont souffrent certaines institutions publiques. De surcroît, il a en effet évoqué « l’éventuelle révision à la baisse des salaires de la fonction publique et des pensions de retraite ».

D’ailleurs, il avertit: « Il faut résoudre plusieurs dossiers en suspens, à l’instar de ceux relatifs aux augmentations salariales et à la privatisation des entreprises publiques. Je suis opposé au principe de privatisation, à la condition expresse de procéder à des réformes urgentes. L’Etat ne peut plus tenir toutes ses promesses et s’engage à respecter les accords signés. Mais pas dans l’immédiat. Sinon nous allons droit dans le mur, si ce n’est pas déjà fait ».

Elyes Fakhfakh annonce une initiative présidentielle

Enfin, pour ce qui est du dossier des biens confisqués et de la réconciliation, Elyes Fakhfakh a reconnu que la Tunisie « a raté sa démarche de justice transitionnelle ». De ce fait, il indique que le Président de la République réfléchit à une initiative législative susceptible de « tourner la page et sauver ce qui reste de l’argent spolié du peuple tunisien ».

 

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