Dans quelles conditions la Tunisie fera défaut de paiement ?

dette Tunisie

Le rapport publié par le ministère des Finances sur la dette nous a fourni des informations importantes sur la dette souveraine. En conjuguant ces données avec les chiffres du dernier rapport du FMI, nous aurons un tableau clair sur notre position.

Nous nous intéresserons ici à la dette libellée en devises car celle en dinar ne pose réellement aucun problème. Fin août 2019, elle a représenté 71,9% de la dette publique et les récentes pressions provenant des agences de notation réduisent nos chances de sortie sur les marchés internationaux.

Une dette à faible coût

L’un des chiffres clés fournis par le rapport est le coût de la dette extérieure qui s’est élevée à 2,74% fin 2018, largement inférieur à celui de la dette intérieure (6,81%). Ce taux est resté stable durant 2016-18 grâce à la tendance baissière des taux au niveau mondial, en particulier la baisse de l’EURIBOR à 6 mois.

Le coût est faible car le recours aux marchés est relativement limité. Il ne s’est accentué que lors de ces dernières années pour s’établir, fin août 2019, à 36,2%. L’essentiel de la dette est contracté auprès des bailleurs multilatéraux (47,9%) comme la Banque Mondiale, le FMI, la BAD et le Fonds Monétaire Arabe. Seules 15,7% de la dette sont obtenues bilatéralement, dont 35% auprès de la France.

La part de la dette extérieure de la Tunisie assortie d’un taux variable s’est élevée à 28,19% fin 2018 (23,9% fin 2016). Cette hausse prouve que les autorités ont profité de cette tendance baissière des taux.

Toutefois, la prédominance de l’endettement à taux fixe réduit le risque de sa refixation. Sur une année, il ne concerne que 34,8% de la dette. Cette proportion augmente à 62,3% pour l’horizon à 5 ans. Quant au risque de refinancement, il est de 7,4 années, stable par rapport à 2017.

En termes de répartition par devises, l’essentiel est libellé en Euro (52%) et en USD (30,5%). 11,4% sont émis  en Yen et le reste dans d’autres monnaies. La dégringolade du dinar nous a coûté très cher : une augmentation de 18,696 milliards de dinars sur la période 2016-18, ce qui est énorme pour une économie de notre taille.

Le stress test du FMI

Dans son dernier rapport sur la Tunisie, le FMI a publié son stress test pour la soutenabilité de la dette souveraine externe.

Ce rapport montre que le niveau de l’endettement et la capacité de remboursement pourraient se détériorer significativement. Et ce, en cas de forte dépréciation de la monnaie, de dérapages des politiques budgétaire et monétaire et d’apparition de passifs éventuels. Il s’agit ici des risques liés aux garanties accordées par l’Etat aux entreprises publiques.

Pour 2021, la dette extérieure passerait au-dessus de 100% du PIB dans plusieurs cas :

  • Un choc sécuritaire, essentiellement une attaque terroriste d’envergure (107,3%);
  • La non-mise en place des réformes budgétaires nécessaires (107,5%);
  • Un taux d’intérêt nominal égal à celui du scénario de référence majoré d’un demi écart-type (109,2%);
  • Une croissance du PIB réel égale à celle du scénario de référence minorée d’un demi écart-type (102,1%);
  • Un solde des transactions courantes hors intérêts égal à celui du scénario de référence minoré d’un demi écart-type (109,5%);
  • Une dépréciation de 30 % en termes réels en 2021 (137,3%).

A noter que le scénario économique de référence de 2021 est essentiellement basé sur les hypothèses d’une croissance économique de 4,1%. Ainsi que sur une dépréciation de 5,5% face au USD, une hausse des exportations respectivement de 31% et 23,7%. De même qu’un déficit de la balance des paiements hors paiement d’intérêts de -5,5%. Et une hausse des entrées de capitaux nettes non génératrices de dette de 1,4%.

En effet, ces chiffres montrent que basculer vers une situation très grave reste probable. Surtout si l’on tarde à prendre les bonnes décisions.

La crise sanitaire ne doit pas nous faire oublier qu’il faut mettre en place les réformes. Celles tant attendues à commencer par le climat d’affaires, les entreprises publiques et la masse salariale.

Nous comprenons donc les soucis du Gouvernement reflétées dans la dernière circulaire sur le projet de la Loi de Finances 2021. D’ailleurs, elle a donné le coup d’envoi des hostilités avec les partenaires sociaux et même politiques.

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