Le centenaire du partage du Moyen-Orient

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Photo credit : reseauinternational.net

Le Moyen-Orient est le terrain de jeu privilégié des grandes puissances. Cela ne date pas de la Guerre froide et de l’opposition entre les Etats-Unis et de l’URSS, qui se prolonge aujourd’hui avec une intensité et une intonation différentes. Il est même possible que le basculement à terme dans un nouvel ordre international incarné par un nouveau leadership chinois soit marqué par une confrontation sino-américaine au Moyen-Orient.

L’absence des Européens dans ces nouveaux jeux de puissance témoigne du déclin historique du Vieux continent. Dans l’imaginaire collectif, le partage du Moyen-Orient est lié aux accords de Sykes-Picot (1916), alors qu’en réalité, il a été consacré à San Remo (1920). Quoiqu’il en soit, c’est bien le destin du Moyen-Orient qui s’est joué il y a 100 ans. Retour sur un accord, dont les effets continuent de peser sur le présent de la région.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’impérialisme européen profite des affrontements inter-communautaires au Mont-Liban, à Damas et à Alep, pour mener des interventions militaires qui ne cesseront d’affaiblir l’empire ottoman. L’enjeu est d’emblée de délimiter des zones d’influence respectives des Britanniques et des Français. Les Britanniques s’intéressent alors au contrôle de la Route des Indes. Ils mènent une politique d’hégémonie au prétexte de soutenir l’unité des Arabes contre les Ottomans. Ils cherchent à contrôler l’espace entre la Méditerranée et l’Océan Indien, et portent leurs efforts sur la Péninsule arabique.

Quant à la France, elle cherche à asseoir son influence à travers son « protectorat catholique ». Depuis l’octroi au XVIIIe siècle de l’exclusivité de la protection consulaire des religieux catholiques envoyés par le Saint-Siège, la France a étendu son influence en nouant notamment des relations étroites avec les Maronites du Liban.

Les massacres de chrétiens maronites par les Druzes à Damas et au Liban suscitent l’intervention française, qui contraint la Sublime Porte à créer un statut spécial pour la région du mont Liban. Dans le Levant, la France était la puissance dominante en « Syrie naturelle », grâce à ses investissements économiques et à son rayonnement scolaire et culturel.

Une violation de souveraineté

En pleine Première Guerre mondiale, un Accord secret franco-britannique a été conclu par François Georges-Picot et Mark Sykes, le 16 mai 1916. L’accord prévoit de transformer durablement la région en traçant les frontières de nouveaux États arabes, placés sous contrôle des puissances européennes. Au terme des négociations entre la France et l’Angleterre, la première administre directement une zone allant du littoral syrien jusqu’à la région de l’Anatolie; tandis que les Britanniques obtiennent d’exercer leur autorité sur la province irakienne de Basra et une enclave palestinienne autour de Haïfa.

Enfin, les États arabes indépendants dirigés formellement par les Hachémites sont divisés en deux zones d’influence et de tutelle. L’une au Nord revient à la France. L’autre au Sud aux Britanniques. La ligne dite Sykes-Picot, qui partage et structure le Proche-Orient est née; sans que les populations concernées n’aient été consultées d’une manière ou d’une autre… Une violation de souveraineté en bonne et due forme. De plus, ces accords franco-britanniques de mai 1916 violent l’engagement souscrit un peu auparavant par Londres et Paris envers les nationalistes arabes favorables à l’établissement d’un « royaume arabe » à Damas, sur les provinces libérées de l’Empire ottoman.

Les accords Sykes-Picot sont restés lettre morte. Ces accords secrets, signés durant la Première guerre mondiale, n’ont pourtant jamais été appliqués. Il faut attendre la conférence internationale de San Remo, en avril 1920, pour que la France et la Grande-Bretagne obtiennent la Syrie et le Liban, pour la première, la Palestine et l’Irak, pour la seconde.

Le système colonial se reproduit

Favorable au « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », le président américain Wilson est à l’origine de la création de la Société des Nations. Une organisation universelle qui sera finalement rejetée par le Sénat américain. Or l’absence de l’administration Wilson aura de graves conséquences sur l’avenir de l’organisation en général, et sur celui du Moyen-Orient en particulier.

La SDN va être l’outil de soutien à la stratégie impérialiste de Paris et de Londres qui aboutira à la conférence, du 19 au 26 avril 1920, de San Remo. Les représentants de la France et de la Grande-Bretagne y ont neutralisé la déclaration d’indépendance d’un Royaume arabe prononcé à Damas un mois auparavant. Au contraire, ils ont réussi à obtenir des « mandats » au Moyen-Orient qui se traduiront par l’imposition d’une tutelle coloniale.

D’un côté, la France reçoit mandat de la SDN sur la Syrie et crée la même année l’« État du grand Liban » pour complaire aux populations chrétiennes et affaiblir les nationalistes arabes de Damas. De l’autre, les Britanniques reçoivent mandat sur la Palestine et la Mésopotamie.

Le Roi Fayçal en est chassé après un règne de vingt mois. Après des révoltes arabes, la Grande-Bretagne lui accorde en compensation le trône d’Irak (le 23 août 1921), proposition entérinée par l’attribution officielle des mandats par la SDN (la France obtient un mandat sur la Syrie et le Liban) en juillet 1922 et la conclusion de la convention franco-anglaise relative aux frontières mandataires (en mai 1923).

Le nationalisme arabe réfute toute légitimité à ces découpages et les États, frappés d’illégitimité, resteront durablement fragilisés. Les mandats ont contribué à la balkanisation de la région, en partie à l’origine des différends et conflits actuels.

C’est ainsi que sur les ruines de l’Empire ottoman, l’Accord de San Remo a transformé le Moyen-Orient: les nouveaux États arabes sont placés sous le contrôle des puissances européennes.

Pour imposer le régime des mandats en Palestine, en Syrie et en Irak, les puissances impérialistes européennes n’ont pas hésité à écraser tout mouvement de résistance et de libération des populations arabes. L’auteur des répressions change, mais le système colonial se reproduit diront les Palestiniens d’aujourd’hui…

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