Les Algériens votent aujourd’hui, que faut-il déduire?

Algériens

Huit mois après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, les Algériens votent aujourd’hui pour l’élection présidentielle. Un scrutin sous haute tension, après des mois de mobilisation du mouvement des manifestants du Hirak. 

Mais d’abord, revenons sur l’annulation du scrutin présidentiel du 18 avril face à la grande mobilisation du peuple algérien contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Puis celle du 4 juillet, faute de candidats. Avec au final, un vote qui aura bien lieu ce jeudi. 

Ainsi, ce sont cinq candidats en lice qui s’affronteront. A savoir: deux ex-Premiers ministres; deux ex-ministres; et un ex-député du FLN. Autrement dit, tous des anciens cadres du régime. Et c’est bien là où le bât blesse, pour une majorité d’Algériens.

Cela dit, que faut-il penser de ces élections? Nadia Mesghouni, Senior Analyst Tunisia-Algeria, dresse un état des lieux dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com. 

Elle souligne: « Nous assistons depuis neuf mois à un bras de fer dont il est probablement difficile aujourd’hui de prévoir l’issue. Et en même temps, se dégage une formidable expérience politique en temps réel. Et pourtant, en dépit de la proximité de l’Algérie et de la Tunisie, je crois que nous avons collectivement du mal à discerner les lignes de force. De même que l’évolution des rapports de force, les points de rupture éventuels potentiels et les points de blocage de la situation en Alger. »

Nadia Mesghouni: « Ce pouvoir en Algérie ne fait pas exception »

Selon l’analyse qu’elle porte sur cette situation, il y a deux logiques, qui semblent radicalement contradictoires et incompatibles.

D’un côté, « il y a la logique du pouvoir qui depuis neuf mois réagit à la fois trop peu et trop tard. Mais ce trop peu et trop tard c’est déjà ce que nous avons constaté lors des révoltes arabes qui ont lieu en 2010, 2011, et 2012. De ce fait, on est frappé du fait que ces régimes autoritaires, tyranniques et corrompus ont une grande difficulté à saisir les dynamiques politiques profondes qui parcourent leur propre société. Et donc, ce pouvoir en Algérie ne fait pas exception et essaie de colmater les brèches. Il tente désespérément de mettre en œuvre des solutions pour sauver ses prérogatives ». 

Le pouvoir tente à stabiliser la situation

En outre, elle poursuit: « En pleine campagne avant l’élection présidentielle du 12 décembre, certains y voient d’ailleurs une manœuvre pour détourner la révolution; d’autres, un règlement de comptes ou encore une manière de gagner les faveurs de l’opinion. Donc on sent qu’il y a une volonté de faire des exemples. Pour autant, est-ce suffisant pour rentrer dans son lit et calmer les contestations populaires, qui répondent jusqu’à l’instant par un « Pas question! » et refusent toutes les propositions sur un mot d’ordre « Non au Système »? Le pouvoir tente de stabiliser la situation en imposant un cadre institutionnel qui va s’incarner dans les élections présidentielles, théoriquement prévues le 12 décembre. Cependant, rappelons qu’elles étaient déjà prévues le 4 juillet dernier. Et que, faute de combattants et surtout à cause du mouvement populaire des citoyens, elles n’ont pu se tenir. »

D’un autre côté, « le mouvement de contestation est dans une logique « dégagiste » qu’on a pu constater dans d’autres pays et même en Tunisie… Et qui veut au préalable le départ du Chef de l’Etat par intérim depuis le 9 avril 2019 Abdelkader Bensallah comme symbole d’une rupture avec l’ordre ancien. »

Et d’ajouter: « Donc ces deux logiques à l’œuvre sont dans une situation de bras de fer. Aucune pour l’instant, aucun des camps présents n’arrivent à s’imposer ni à trouver des formes de compromis. L’institution militaire reste probablement au centre des tractions qui peuvent se dérouler et notamment Gaid Salah qui est le véritable homme fort de la situation. »

Rappelons que Gaid Salah est Le Chef d’Etat-major depuis 2004, il n’est pas un nouveau venu sur la scène politique. 

« Les Algériens veulent un changement du système »

D’après Nadia Mesghouni, les Algériens veulent un changement du système. Le régime a compris autre chose, le changement oui, mais dans le système. D’où son attachement presque dogmatique à la constitution dès les premiers mois des manifestations. Il estime que le peuple n’a pas présenté de demandes socio-économiques, ni même socio-professionnelles. Pourtant, ces demandes se sont focalisées autour du « NON au Système ». Il y avait ce slogan-là, comme une force pour fédérer tout le monde.

Elle conclut: « On est face à une double incertitude. Une, objective liée à l’instabilité et à la complexité des rapports de forces. Laissant ainsi sa place à l’indétermination et à une pluralité d’interprétations en concurrence sur l’appréciation du présent et le sens de l’avenir. Et l’autre, subjective, liée aux évaluations les plus pertinentes possibles des uns et des autres. »

Autrement dit, tout est possible mais plus encore les jeux ne sont pas encore faits.

Enfin, reste à savoir si aujourd’hui, les Algériens se déplaceront en masse pour élire leur président. Car rien n’est moins sûr, si l’on se réfère aux élections précédentes et à leur faible taux de participation. Alors que, dans le même temps, la jeunesse algérienne refuse ces élections… A suivre!

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