Communication, quand tu nous tiens…

communication électorale

« Dans la communication, le plus compliqué n’est ni le message, ni la technique, mais le récepteur ».

                                                                                                Dominique Wolton

Quel président de la République pour les cinq prochaines années ? Tant d’électeurs continuent à se poser cette question à la veille de la campagne électorale (du 2 au 13 septembre en Tunisie et du 31 août au 11 septembre à l’étranger).

Les candidats qui se bousculent au portillon pourraient atteindre la trentaine (26 retenus actuellement). Ce qui ne peut qu’ajouter de la confusion dans les esprits.

Sur quels critères objectifs doit-on s’appuyer pour sélectionner le candidat idoine ? Comment procéder par élimination pour arriver à opter pour la personne la plus indiquée qui occupera le palais de Carthage pendant cinq ans ? Faut-il opter pour un vote de raison ou de cœur, ou un assortiment des deux ?

Il semble que la meilleure approche, qui n’obéit pas à des considérations personnelles ou irrationnelles, serait d’envisager ce choix à partir du contexte actuel, avec ses contraintes, ses écueils et les exigences à l’échelle nationale, qui offriraient quelques réponses pour la prochaine quinquennie. Une analyse, la plus impartiale possible, esquisserait les contours du profil le plus adapté pour déceler les attentes majeures des Tunisiens.

Les Tunisiens ont vécu depuis 2011 sous l’effet d’un rythme trépidant et d’un traitement de choc qui a épuisé toutes les strates sociales, à tous les niveaux. Rien ne leur a été épargné. La traversée d’un champ de mines se poursuit encore et chaque pas risque d’être le dernier!

Il y a donc un besoin très prononcé pour une véritable trêve avec un président pondéré, intègre et modérateur. Il devrait inspirer confiance et être capable de calmer le jeu politique, de jouer le rôle de l’arbitre reconnu par tous. Ses initiatives seraient dépourvues de calculs politiciens et de manœuvres obliques, plutôt destinées à contribuer aux réformes souhaitées en symbiose avec le chef du gouvernement, quelle que soit son appartenance, et avec la société civile. Outre l’accomplissement de ces attributions constitutionnelles.

C’est à partir de ces considérations que le profil du président pourrait s’esquisser. Parmi les candidats, rares sont ceux qui répondent à ces critères. En les passant en revue, et sans citer de nom, il y a un groupe composé de 11 islamistes et crypto-islamistes, dont un qui a fait déjà ses preuves et dont Aziz Krichen décrit la désastreuse dérive dans « La promesse du printemps » (2016). Trois candidats de la gauche qui n’ont pas trouvé mieux que de s’opposer, au grand désarroi de leurs partisans. Deux candidats, dont l’un est poursuivi par ricochet par un autre candidat qui opère une fuite en avant bien intrépide, et l’autre qui fait des apparitions en hologramme, venant d’ailleurs.

Situations cocasses ! Quatre candidats sont des personnes estimables, mais elles n’ont aucune chance de passer le cap du premier tour du scrutin. Il est probable qu’elles se rallieraient au candidat arrivant en tête du premier tour. Il y a un candidat qui dispose d’un don de voyance puisqu’il avait prédit en octobre 2016, au cours d’une émission télévisée, que « Béji Caïd Essebsi quittera le palais de Carthage avant la fin de son mandat », avec lui on pourrait se passer des sondages accommodés. Parmi les quatre qui restent, deux dames dissemblables concourent au milieu d’une troupe de chasseurs de voix déterminés. Finalement, il n’y a qu’un seul candidat qui pourrait correspondre aux références avancées, en considérant ce qui peut émerger de rassurant de sa personnalité.

Mais, « la plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ». Il ne suffit pas d’être le candidat favori, encore faut-il disposer d’une équipe de campagne efficiente et soudée pour franchir la ligne d’arrivée. Et c’est là que le bât blesse.

Le directeur de campagne n’est pas cet archétype de bureaucrate borné et arbitraire qui se conduit avec l’équipe composée de spécialistes de la communication et de personnalités influentes dans les différents milieux d’une manière inconvenante. C’est le chef d’orchestre qui doit savoir gérer avec tact les compétences réunies autour du candidat. Il appartient donc au postulant de trouver le bon format pour cette équipe chargée du pilotage quotidien des opérations et de veiller à ce que l’ambiance dans l’équipe ne devienne celle d’une cour de récré. Il est essentiel de toujours se coordonner avec son équipe, pour éviter des départs causés par des malentendus, pour que le message livré soit homogène et qu’il n’y ait pas la moindre contradiction entre les membres de cette équipe. En cas de contradiction, la campagne peut en pâtir et battre de l’aile.

Pour éviter cela, avant toute intervention médiatique, il faut définir ce que l’on appelle les « messages clés » articulés dans les médias afin d’avoir de la cohérence. Il est capital d’être offensif sur certains sujets de l’heure pour être au diapason avec l’opinion publique, ou de rester au-dessus de la mêlée pour d’autres et surtout éviter les « couacs ». Les erreurs tactiques peuvent causer des dégâts irrémédiables.

C’est à l’équipe de campagne du candidat de définir la meilleure stratégie. Une campagne trop molle risque de mettre le candidat sur la touche définitivement. Une campagne électorale s’apparente plus à une course de fond qu’à un sprint et gare à l’essoufflement ! Si le candidat est un peu raide face aux médias, son équipe pourrait l’amener à se décoincer pour avoir de l’aisance et une meilleure capacité à communiquer. N’oublions pas le choix du « porte-parole », il est à la fois « le visage » et « la voix » de la campagne et doit donc en refléter la tonalité.

Les citoyens-électeurs ne sont pas dupes, ils savent différencier le vrai du faux, l’authentique de l’opportunisme. Certes, l’apparence ne dit pas toujours la vérité, et le vêtement n’est pas l’âme. On s’est donc habitué à distinguer le paraître et l’être comme on distingue la surface et la profondeur, à distinguer l’habit comme on distingue le superficiel du profond. Manière de dire avec force que la surface, à travers la communication électorale, est plus souvent qu’on ne le dit le lieu où s’exprime une profondeur qui sans elle resterait dissimulée. Que le plus authentiquement dévoué à ce peuple et à ce pays gagne.

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