Le serviteur de l’Etat, l’homme qui voulait être président et les nouveaux dissidents

L’État de droit

A défaut d’être à Carthage, je me verrais bien au perchoir. Ainsi en a décidé Rached Ghannouchi. Et cette fois-ci, c’est du sérieux.

Forcément dans les rangs d’Ennahdha, la nouvelle a fait des étincelles, en même temps que des victimes. Et c’est Lotfi Zitoun, l’éminence grise du cheikh, qui vient de claquer la porte : désormais, le conseiller tant chouchouté, ne marchera plus seul… Les Abdellatif Mekki, Abdelmajid Jlassi et Mohamed Ben Salem à vos postes de tir… Al oustadh qui voulait coûte que coûte devenir président et les nouveaux dissidents. Quelle belle affiche pour un mouvement qui voulait être l’exception! C’était sans compter avec Rached Ghannouchi de moins en moins impérial!

Au bout du compte, l’intérêt général, qui s’en soucie vraiment aujourd’hui dans ce pays? Et il n’y a pas que les politiciens pour s’étriper au moindre prétexte. C’est à celui qui saura tout faire pour transgresser la loi et échapper à une justice de plus en plus aux ordres. L’intérêt supérieur de la nation, tout le monde s’en moque… On ne peut pas dire, on ne peut pas prétendre qu’en franchissant l’autre jour la ligne de démarcation qui sépare les deux Corées, le président américain Donald Trump n’avait pas à l’esprit les intérêts supérieurs de son pays, même si beaucoup trouveront à redire.

Démarcation, jamais le mot n’a autant été dans l’air du temps. C’est qu’avant la révolution, on ne pouvait que s’aligner. Aujourd’hui, on use de toutes les ficelles pour aller toujours plus haut dans le dévergondage, pourvu que cela fasse tilt. Comme la révolution est belle!

Je ne sais pas si le Président de la République aurait eu assez de courage et de clairvoyance pour enfin se démarquer, alors que sur fond d’amendement controversé de la loi électorale, la tension dans le pays était à son plus haut niveau. L’intérêt de la patrie avant celui des partis, on a bien failli le croire! A part le bon Dieu, qui se préoccupe aujourd’hui de sauver le pays?

Je vous le demande chers lecteurs. Oser ou ne pas oser? C’est comme si on disait à l’heure actuelle, être ou ne pas être. That is the question.

S’il n’y avait pas eu manigance… Normal que la démocratie, la vraie, peine à s’installer. Avoir le sens de l’Etat pour bien le servir. Le Président Essebsi aurait-il été à la hauteur ? Difficile à dire quand on a été berné par un Rached Ghannouchi, lui aussi, sur le départ, et qui cherche un dérivatif pour ne pas être enterré, après avoir été l’homme le plus puissant du pays.

Combien de fois ceux qui portent dans leur cœur cette terre, ont-ils crié, à qui voulait bien les entendre, que l’impunité des puissants doit cesser? Combien de fois ont-ils failli s’étrangler? Quand mauvaise gouvernance et corruption font bon ménage, que faut-il faire? Tout simplement changer les règles du jeu pour qu’il y ait plus de transparence.

Autant dire une révolution! Heureusement qu’il y aura toujours des Aigles de Carthage pour faire diversion, même si cela reste relatif; le football a de ses vertus… En attendant, la victoire minima d’Ennahdha aux municipales partielles du Bardo, une de plus, nous interpelle. Même s’il ne s’agit plus de se demander comment font ces diables de Nahdhaouis pour gagner à tous les coups, tant cela semble évident…

Alors, quand M. Ezzeddine Saidane, économiste et financier de son état, connu et reconnu, revient à la charge pour taper un peu plus fort sur la table et dire tout le mal qu’il pense de ces menteurs de politiciens, et qu’il en appelle à un boycott médiatique de ces derniers, j’applaudis.

Quand il retape sur la table pour dire, bon sang, stop, l’état préoccupant de l’économie du pays et de ses finances sont plus importants que les élections, je dis, banco M. Saidane. Même si les élections sont nécessaires pour chasser ceux qui ont ruiné le pays.

La confusion générale est telle que je me demande si le journaliste et écrivain algérien de renom, Kamel Daoud, rêve encore d’être Tunisien. Après tout ce qu’il a pu voir jusqu’ici, j’en doute.

En même temps, j’imagine son inquiétude, quand il met en garde ses compatriotes contre les dérives qui pourraient mener vers un effondrement de l’Etat algérien après l’effondrement du régime… Il n’est pas loin du scénario tunisien qu’il a sûrement à l’esprit.

En pleine ébullition révolutionnaire, ses compatriotes sauront-ils saisir le message et faire preuve de sagesse? Cela dit, après la victoire au forceps de notre onze national face aux talentueux Ghanéens, synonyme d’accès au carré d’as de la CAN 2019, les journaux tunisiens très euphoriques n’ont pas hésité à titrer « Au suivant ». On a vu le résultat. Et si la précipitation était un mal national?

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