Tunisie : une loi antitrust pourrait régler beaucoup de problèmes

Tunisie Patrice Bergamini L'Economiste Maghrébin

Les déclarations de Patrice Bergamini ont suscité diverses réactions. L’ambassadeur a vivement critiqué la Tunisie et d’un point de vue diplomatique, il aurait dû faire un peu plus attention. Mais il paraît que sa franchise a dérangé. In fine, l’homme a dit publiquement ce que nous disions nous-mêmes Tunisiens ou nos partenaires derrière les portes.

Oublions maintenant l’aspect diplomatique de l’affaire. Les termes utilisés étaient sévères : « positions d’ententes et de monopoles », « préservation de positions non concurrentielles », « positions dominantes », « groupes familiaux » et « obstacles à la transparence et à la concurrence loyale ». Est-ce que l’homme a eu tort sur ces points ? Franchement non. Le tissu économique et industriel en Tunisie est relativement jeune et le secteur privé n’a pris les devants qu’après la promulgation de la loi 72 et les opérations de privatisations de l’Etat au cours des années 1990. Nécessairement, ce sont des personnes issues de familles aisées et disposant de moyens financiers qui ont pu acquérir ces affaires. Elles ont également eu l’appui des banques et ont profité de leur proximité du régime politique en place pour assurer une croissance sans limite.

Mais cette croissance était nationale par excellence. Ces groupes n’avaient quasiment pas de chance pour se développer hors la Tunisie. Les barrières à l’investissement étranger sont nombreuses et de telles initiatives étaient, et le sont toujours, regardées d’un mauvais œil par le régulateur. Maintenant, huit ans après la révolution, les choses n’ont pas vraiment changé. Qui sont les groupes tunisiens qui se sont implantés à l’étranger durant cette période ? Il y a eu quelques opérations par Vermeg et celle de Tunisie Leasing. Probablement, d’autres transactions privées ont eu lieu sans qu’elles soient médiatisées.

Tunisie : le contexte est difficile

Le contexte est difficile et la BCT a le droit de veiller à ses équilibres en matière de réserves de change. Mais en même temps, cela prive le secteur industriel de s’imposer et de répliquer l’expérience marocaine. La conséquence serait donc de se donner les moyens pour défendre bec et ongles sa part du marché local et pour tuer, au berceau, toute concurrence potentielle.

La majorité des secteurs restent donc, de facto, fermés. Mais il y a eu une grande nouveauté, à savoir la réglementation bancaire en matière des parties liées. Aujourd’hui, avoir le contrôle d’un établissement de crédit ou siéger dans son Conseil d’administration ne confèrent plus à l’investisseur le droit d’abuser des ressources de l’institution financière. Les répercussions sur les ratios prudentiels sont coûteuses, ce qui semble déjà donner quelques résultats.

Le régulateur doit montrer le chemin

Pour changer la donne, il faut que l’Exécutif intervienne via la réglementation. Les Américains l’ont compris depuis plus d’un siècle et ont imposé l’antitrust. Au pays de l’Oncle Sam, il est hors question de parler de concentration économique. En Europe, il y a une Autorité de la concurrence qui veille à ce que les parts de marché soient équitablement réparties entre les acteurs d’un secteur donné. Cela permet de laisser une fenêtre à la concurrence et donne une dynamique au marché des transactions corporate.

Imaginons une loi qui interdise, en Tunisie, une position dominante de plus de 30% sur un produit. Combien de nouveaux investisseurs locaux ou étrangers pourraient être intéressés par la création d’un projet ? Combien d’opportunités d’emploi pourraient-elles être créées ? Il y aurait aussi une effervescence dans l’industrie de la Private equity, de l’intermédiation boursière, de création de start-up et d’innovation. Tout cela est lié en fait, et c’est le climat d’affaires qui le booste, et non pas la multiplication des séminaires et des ateliers. Il faut juste se rappeler de ce qui s’est passé dans le secteur des télécommunications. Lorsque la distribution de lignes téléphoniques était l’exclusivité d’une seule entité publique, les prix dépassaient les 120 dinars pour une simple ligne GSM. Aujourd’hui, elle est quasiment gratuite sous l’effet de la concurrence. Ouvrir le marché est donc une mesure déflationniste et en faveur du consommateur final.

Toutefois, nous insistons toujours sur la nécessité d’offrir aux entreprises tunisiennes la possibilité d’investir à l’étranger au même moment où on décide d’imposer une nouvelle loi de la concurrence. Il faut aussi qu’une telle réglementation soit appliquée aussi bien aux entreprises privées que publiques et de n’exclure que les secteurs stratégiques. C’est l’un des rares moyens pour basculer le pays dans une vraie économie de marché.

1 COMMENTAIRE

  1. Merci monsieur pour votre analyse le pays est gongraine’ Par le monopole il suffit de regarder les secteurs d’activité’industriel ,de service ou autre vous allez vous apercevoir comment les familles se partagent le gâteau le deuxième fléau la speclation et la contrebande qui donnent le coup de grâce à l’économie tout ceci se passe devant tout le monde vous n’avez qu’à regarder l’etalage Anarchique pour constater l’erat est complice on ne veut pas promulguer des lois qui encourage à l’investissement avec moins d’obstacles et de paperasses on va me dire qu’on fait et beaucoup non ce n’est pas vrai regardez ailleurs vous allez vous rendre compte que vous faites fausse route je trouve d’ommage que pas mal de décideurs qui ne veulent pas du bien à ce beau pays

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