Tunisie – Bac 2019 : quand les résultats riment avec inégalités régionales

bac 2019 - l'économiste maghrébin

Le ministère de l’Education a annoncé les résultats de la session principale du Bac 2019, samedi 29 juin. Au-delà, des efforts déployés par les élèves, les résultats riment avec les inégalités régionales et l’inégalité des chances entre les  gouvernorats. C’est ce que soutient l’enseignant-chercheur en sociologie Foued Ghorbali, dans son analyse à leconomistemaghrebin.com.

Les pourcentages sont faibles dans les gouvernorats de l’intérieur. A titre d’exemple : Kairouan (23%), Tozeur (22%), Tataouine (22%), Kébili (20%) et Kasserine (16%).

Pour Foued Ghorbali, le pourcentage général du Baccalauréat (33%) est bel et bien normal. Cela s’explique par la suppression des 25%, dans le cadre de la réforme du Bac. De plus, les dernières années enregistrent un affaissement considérable des compétences des élèves dans les langues et les matières scientifiques.

Par ailleurs, notre interlocuteur soutient que les résultats du Bac 2019 reflètent, entre autres, des inégalités sociales entre les gouvernorats, un ascenseur social en panne et l’absence d’égalité des chances.

Ecole publique contre la contrebande

Car, les résultats des élèves des régions de l’intérieur sont dus, entre autres, à l’environnement qui les entoure. Et ils se traduisent par une baisse au niveau de l’instruction et des connaissances des élèves de ces gouvernorats. Il s’agit particulièrement des difficultés de transport : plusieurs élèves se trouvent dans l’obligation de marcher des kilomètres pour arriver à leurs lycées ou écoles. Plusieurs écoles et lycée souffrent de pénurie d’eau et d’absence de bibliothèque.

A cela s’ajoute que la majorité des parents d’élèves sont incapables de payer les frais des cours particuliers pour leurs enfants. « Tous ces indices impactent négativement le niveau des élèves même les plus  brillants », étaye-il. Pour cette raison, l’égalité des chances se transforme en mirage.

Le phénomène s’accentue, également dans les gouvernorats frontaliers. « Dans ces gouvernorats, l’école n’a plus aucune valeur. La réussite dans les études n’est plus le modèle à suivre. Le modèle à suivre dans ces gouvernorats est la contrebande étant donné que le contrebandier devenu soudainement riche est l’idole à suivre », analyse-t-il.

Dur d’être bachelier dans les régions de l’intérieur

Pis encore, pour eux, la contrebande est devenue le nouvel ascenseur social, alors que le véritable ascenseur social (l’éducation) est en panne. La culture du gain rapide vient enfoncer le clou et compliquer la situation. Le problème est aussi intimement lié à la perception des élèves de l’école. Pour eux, l’école est la traduction d’un ascenseur social en panne, vu que les études universitaires débouchent souvent sur le chômage.

« Rien que de voir leurs cousins au chômage après l’obtention du diplôme universitaire les conforte dans leur conviction que les études ne permettent pas de vivre décemment », constate-t-il. Le paradoxe est flagrant. En effet, le plus grand nombre des diplômés de l’enseignement supérieur est issu des gouvernorats de l’intérieur et  représente, en même temps, le plus grand nombre de chômeurs. « Dire que la culture du travail et de l’éducation, comme prétendent certains, est absente dans les gouvernorats intérieurs reflète souvent la réalité du terrain », ajoute-t-il.

Proposant des pistes de solution, Foued Ghorbali appelle à redonner à l’école publique ses titres de noblesse d’antan. Pour cela, il faudrait impérativement revoir les politiques de l’enseignement pour assurer plus d’inclusion. Foued Ghorbali recommande, aussi, d’augmenter le nombre de centres professionnels.

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