Neila Charchour: Consensus vs fondements démocratiques

Neila Charchour
Neila Charchour

Huit ans de transition démocratique, quel est le bilan économique? Neila Charchour, militante de la société civile, dresse un bilan de la situation actuelle.

Elle souligne que le bilan est très mauvais. Quant au bilan politique, « il risque une dérive majeure suite à l’amendement de la loi électorale », dit-elle.

Elle précise:  » Il est clair que nous avons besoin de mettre de l’ordre dans la scène politique. »

Et de poursuivre: « En effet si le principe du consensus a permis de traverser une période critique, il n’a pas tardé à montrer ses limites. Des partis à vision et valeurs opposées ont dû s’unir pour rédiger la Constitution, mais ils ne peuvent gouverner ensemble sans que leurs différences n’affectent la bonne gouvernance du pays. Cela sans compter que leur union empêche d’avoir une opposition qui joue efficacement son rôle de garde fou permettant à la confiance de renaître et à la démocratie de s’ancrer. »

Et d’ajouter: « Malgré tous les effort et toute la bonne volonté des uns et des autres pour rédiger une bonne Constitution et une bonne loi électorale, la pratique a démontré la présence de faiblesses qu’il est impératif de corriger. Que nous ayons besoin de protéger une démocratie embryonnaire, j’adhère. »

De ce fait, elle rappelle que les statistiques nous apprennent que seulement 30% des transitions démocratiques réussissent. « Il est donc très important de protéger notre transition de tout retour en arrière et de nous assurer continuellement de son irreversibilité. », poursuit-elle.

Mme Charchour souligne: « Je pousse encore plus loin. Que nous ayons besoin de stabilité politique, forcée si nécessaire, pour pouvoir sauver l’économie, j’adhère aussi. »

D’après elle, l’expérience a montré combien il est difficile de déraciner la corruption, de faire évoluer les mentalités et d’appliquer des réformes de fond.

Neila Charchour :  » Je refuse »

Neila Charchour dénonce l’amendement de la loi électorale sous forme d’une lettre ouverte au Président de la République, aux  Prix Nobel qui représentent la société civile et à toutes les forces vives et agissantes de ce pays à défendre les fondements élémentaires de la démocratie. Voici le texte qui nous fait penser à Emile Zola dans « J’accuse ».

« Par contre je refuse totalement la manière et un contenu pour lesquelles cette loi a été amendée.

Je refuse le tourisme parlementaire qui méprise les électeurs et favorise la corruption morale empêchant toute stabilité politique.

Je refuse tout passage en force au parlement sous prétexte d’une majorité qui méprise les minorités les excluant de tout débat.

Je refuse le flou de lois proposées qui les rend sujettes à toutes sortes d’interprétations et surtout d’abus.

Je refuse qu’un tel amendement passe en l’absence d’une Cour constitutionnelle apte à le valider.

Je refuse enfin le choix du moment qui perturbe les électeurs au plus haut point pouvant provoquer un phénomène d’abstention massive qui affectera la légitimité des élus et engendrera un gouvernement faible et instable.

Que ceux qui ont le pouvoir d’agir directement ou indirectement sur le blocage de cette loi se mobilisent et s’assurent que les élections ne seront pas retardées.

J’appelle Monsieur le Président de la République. J’appelle nos Prix Nobel qui représentent la société civile. J’appelle toutes les forces vives et agissantes de ce pays à défendre les fondements élémentaires de la démocratie. Il y va de la crédibilité et de l’irreversibilité de notre transition démocratique. »

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