Economie tunisienne : les pièces du puzzle (Partie 2)

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Si la BCT a tenté de mettre des freins à l’inflation, la réussite de sa politique reste relative puisque des facteurs lui échappent, comme le déficit de la balance commerciale.

Le renchérissement des produits importés s’est répercuté dans tous les secteurs de l’économie tunisienne et a touché les ménages autant que les entreprises.

Une balance commerciale asphyxiée

Selon les chiffres de la BCT, le rythme de progression des prix produits importés s’est établi à 22,7% en rythme annuel au mois d’avril 2019. Encore une fois, les prix de « l’énergie et lubrifiants » sont en tête avec une hausse de 38,6%. Même en volume, les chiffres sont alarmants.

En effet, durant les cinq premiers mois de l’année 2019, les importations ont enregistré une hausse de 17,2% à 27,696 milliards de dinars. Le déficit se monte à 8,106 milliards de dinars avec un taux de couverture de seulement 70,7% selon la dernière actualisation de l’INS

L’explosion des importations provient essentiellement des produits énergétiques (+39,9%) sous l’effet d’une forte demande sur les produits raffinés (2,621 milliards de dinars) et de gaz naturel (1,606 milliards de dinars).

De même, les importations ont augmenté pour les mines, phosphates et dérivés (+34,8%), les produits agricoles et alimentaires de base (+20,4%), les biens d’équipement (+20,3%) et les matières premières et demi produits (+9,2%).

Est-ce que cette situation peut être corrigée à court terme ?

La réponse est négative, même à moyen terme. Nous ne pouvons pas contrôler ces importations pour la simple raison qu’il s’agit de matières de première nécessité et/ou indispensables à l’activité de nos usines. Si nous éliminons les importations les articles en textile, les voitures de tourisme, le tabac brut et fabriqué, les ouvrages en plastique, les appareils de telecom et les jouets, nous allons réduire nos importations de 2,735 milliards de dinars, soit 9,9%.

En même temps, ces « économies » dont certains parlent vont détruire des emplois, créer des problèmes en matière d’exportation, donner un coup de pouce au marché parallèle et réduire les recettes fiscales.

Le rythme de nos échanges extérieurs est difficile à contrôler et le seul moyen reste le renforcement de nos exportations, au moment où ces dernières affichent une décélération.

De plus, le fait que la facture énergétique soit à l’origine de ce déficit colossal est un problématique pour l’inflation. Il ne faut pas oublier que l’énergie reste largement subventionnée et l’équilibre budgétaire conduit à l’accélération de la levée de la compensation. C’est déjà ce que le FMI a recommandé dans son dernier communiqué de presse. Cette mesure est largement inflationniste puisqu’elle touche un intrant à tous les produits finis.

Economie tunisienne :un budget plus équilibré mais qui reste sous pression

Le déséquilibre de la balance commerciale a un impact direct sur les avoirs nets en devise qui sont restés fragiles, à moins de 14 milliards de dinars et sous la barre des 80 jours d’importation. Cette faiblesse ne provient pas seulement de ce déficit. Il y aussi les remboursements au titre du service de la dette extérieure.

En effet, si nous regardons le bilan de l’exécution du budget de l’Etat durant le premier trimestre 2019, nous constatons que le service de la dette s’est établi à 2,810 milliards de dinars dont 1,601 milliard de dinars relatifs à la dette extérieure (l’équivalent de 9 jours d’importations). En même temps, le nouvel endettement libellé en devises a atteint l’équivalent 1,094 milliard de dinars, soit 42,8% de l’endettement total contracté sur la période.

Le poids des carburants sur le budget de l’Etat est visible. Les dépenses ont augmenté de 16,7% à 10,627 milliards de dinars. Cette hausse provient essentiellement des salaires (+9,7% à 4,240 milliards de dinars) et la compensation (+90,2% à 988 millions de dinars). En particulier, l’enveloppe de la compensation des carburants s’est envolée, passant de 220 millions de dinars fin mars 2018 à 700 millions de dinars une année plus tard. Cela s’est répercuté sur les dépenses d’investissement qui ont reculé de 6,6% sur le premier trimestre 2019 à 1,340 milliard de dinars. L’investissement direct de l’Etat a baissé de 25,7% à 617,4 millions de dinars.

Mais nous ne pouvons passer sans commenter une avancée importante enregistrée par l’économie tunisienne au cours du premier trimestre 2019. Le budget de l’Etat a affiché un excédent primaire, pour la première fois depuis des années, de 197 millions de dinars. Les recettes se sont améliorées à 8,075 milliards de dinars, en hausse de 17,1% en rythme annuel. Cette progression provient des recettes fiscales qui se sont accrues de 22,1% contre le recul des recettes non fiscales de 16,3%. Cela a permis de plus que compenser les flux d’argents transférés à des entités publiques : la CNRPS (204 millions de dinars), l’Office National de l’Huile (50 millions de dinars), l’Office des Céréales (32 millions de dinars), Tunisie Autoroutes (30 millions de dinars) et la SONEDE (35 millions de dinars).

Nous comprenons maintenant la satisfaction mitigée du FMI lors de sa dernière revue. Il y a des avancées sérieuses, mais la reprise a bien besoin d’autres ingrédients.

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