Pèlerinage de la Ghriba : et si on parlait de communication extérieure !

La synagogue de Djerba, la Ghriba, la plus ancienne d'Afrique.

Dans le cas de la polémique entretenue depuis quelques jours par la chaîne « Almayadeen » au sujet du prétendu séjour de touristes israéliens en Tunisie, au cours du pèlerinage de la Ghriba, à Djerba, comme dans d’autres, l’existence d’une fonction de communication extérieure est bien nécessaire. Aucun pays au monde, notamment les plus grands modernes et les plus démocratiques auxquels on se réfère, n’a fait l’économie d’une telle fonction et souvent d’une structure pour l’assurer.

Samedi 15 juin, la chaîne libanaise « Almayadeen » a consacré une partie de ses programmes de l’après-midi pour couvrir ce qu’elle assure être une manifestation qui a eu lieu le jour même à Tunis pour dénoncer la « normalisation » des relations avec Israël et la visite de présumés touristes israéliens à la synagogue de la Ghriba au cours du pèlerinage qui s’est déroulé, comme chaque année, fin mai 2019, à l’île de  Djerba.

Ainsi que la visite présumée de ces derniers, aux dires de la chaîne, de la villa où a été assassiné, en avril 1988, le militant Abou Djihad (Khalil Al Yazir).

Un programme dans lequel la chaîne est revenue sur cette visite mais aussi sur les propos du ministre tunisien du Tourisme, René Trabelsi, dans une interview à une radio tunisienne et dans laquelle il a évoqué notamment l’inexactitude du reportage réalisé par « Almayadeen »  affirmant qu’il s’agit d’une pure reproduction d’un récit fait par une chaîne de télévision israélienne.

Et ils savent le faire mieux que quiconque

Un épisode de plus qui met en exergue l’importance de la mise en place d’une structure de communication extérieure. Il va sans dire que le ministère de l’Intérieur a réagi pour nier les affirmations d’ « Almayadeen »; et le ministre du Tourisme et de l’Artisanat a présenté la version des faits concernant le reportage de cette dernière chaîne.

Mais n’était-il pas nécessaire que la réaction face à un média soit confiée à des professionnels de la communication ? La communication n’est-elle pas un métier qui a ses us et coutumes, ses hommes et ses procédés ?

Trois éléments méritent, à ce niveau, d’être rappelés. D’abord que face à un média, il n’y que des professionnels des médias pour interagir. Ils saisissent mieux la portée des messages et savent administrer l’antidote. C’est du reste leur métier. Et ils savent le faire mieux que quiconque.

De plus, ces professionnels n’agissent pas à l’aveuglette. Outre les contenus des messages élaborés et à transmettre, ils savent comment le faire : qui choisir pour défendre une thèse, à quel moment, avec quel support (un communiqué, une interview, une déclaration radiotélévisée)…

Est-il interdit d’en parler ?

Enfin, ces messages obéissent à une stratégie qui veut que les messages ont toujours un objectif, des supports, un timing … Une réaction comme celle que l’on doit avoir à l’égard du reportage d’ « Almayadeen » ne peut que s’inscrire toujours dans une approche globale et concertée. Elle s’appuie sur un vécu communicationnel qui est loin d’être occasionnel : des supports déjà prêts, des argumentaires bien élaborés, des personnes idoines pour le faire circuler…

Qui peut s’en occuper en Tunisie en dehors d’une structure professionnelle de communication extérieure ? Les faits montrent du reste que personne ne le fait aujourd’hui en Tunisie. La disparition de l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE) et son non remplacement par une autre qui assure la même fonction sont de ce point de vue sans doute une erreur.

Détrompez-vous. Aucun pays au monde, notamment les plus grands modernes et les plus démocratiques auxquels on se réfère, n’a fait l’économie d’une telle fonction et souvent d’une structure pour l’assurer. Pour la Tunisie, il fallait tout simplement transformer une ATCE au service d’un régime dictatorial en une structure qui sied à un pays démocratique.

Impossible ? Détrompez-vous là aussi. Pourquoi avoir gardé, par exemple, après le 14 janvier 2011 des organismes et même des ministères qui étaient dédiés à servir l’ancien régime. Les médias publics qui n’ont pas été supprimés n’étaient-ils pas des outils de propagande ? N’a-t-on pas réussi à les adapter aux règles de fonctionnement d’une démocratie ? Il est malheureux de devoir expliquer des évidences.

Est-il du reste interdit d’en parler ? Même si la question fâche encore à coup sûr des personnes qui ne voient dans la communication extérieure nécessairement qu’un outil de propagande de l’ancien régime et n’ont pas saisi les mutations à assurer !

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